« Califat » du XXIe siècle: Un djihad mondial contre les BRICS ?

En Français & en Castellano:

Le nouveau « califat » du XXIe siècle
Un djihad mondial contre les BRICS ?
par Alfredo Jalife-Rahme

Loin d’être une alliance levantine au service des ambitions occidentales, le nouveau « califat » du XXIe siècle reprend les objectifs de l’impérialisme global : pour Washington, l’Émirat islamique constitue une arme de destruction massive des pays émergents, Russie, Inde et Chine. Alfredo Jalife analyse l’usage qu’il peut en être fait, bien au-delà de la Syrie et de l’Irak.

Réseau Voltaire | 18 juillet 2014

Combattants islamistes participant à un défilé militaire dans la province de Raqqa (nord de la Syrie) pour célébrer l’instauration « du califat » sous l’égide de l’État islamique en Irak et au Levant (ÉIIL)

Le mystère qui a entouré l’étonnante création et l’expansion du groupe djihadiste sunnite État islamique en Irak et au Levant (Syrie et Liban) —ÉIIL en français et Daesh en arabe—, un groupe qui semble avoir semé la « confusion », commence à se dissiper en raison de l’incidence géostratégique que cela aura aux frontières de la Russie, de l’Inde et de la Chine, trois pays constitutifs du groupe de pays émergents appelé BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) qui tient son sixième sommet à Fortaleza.

L’ÉIIL, qui a officiellement abandonné son nom pour celui d’« État islamique », a choisi le premier jour du jeûne musulman du ramadan, un jour d’une très grande portée symbolique, pour mettre en scène l’établissement du « califat islamique » dans les territoires occupés militairement, et a donné à Abu Bakr al-Baghdadi, son mystérieux leader, le titre de nouveau calife (qui signifie en arabe « descendant » du prophète Mahomet).
Entreprise périlleuse, l’établissement du nouveau califat par l’« État islamique » sunnite constitue une tripe hérésie pour les 300 millions de chiites (20 % du nombre des musulmans dans le monde), car :

1. le califat, né avec les « compagnons » du Prophète, est on ne peut plus sunnite et il a été la cause de la rupture avec les chiites, qui ont suivi Ali (le cousin du Prophète) ;

2. Abu Bakr, père de la légendaire Aisha et un des beaux-pères du Prophète, le premier calife du sunnisme, est aujourd’hui devenu le nom de guerre du « nouveau califat du XXIe siècle » et

3. le califat sunnite s’étend des frontières de l’Iran, dans la province de Diyala, jusqu’à Alep (en Syrie) et à la frontière turque.

Le califat originel a disparu après la Première Guerre mondiale dans la foulée de la défaite de l’Empire ottoman qui a été divisé conformément au découpage artificiel du Proche-Orient prévu par l’accord secret anglo-français dit Sykes-Picot, accord que le nouveau califat du XXIe siècle a enterré de facto en abolissant la frontière entre la Syrie et l’Irak, ce qui profite au nouveau tracé militaire du Kurdistan irakien.

Bien qu’étant un épiphénomène pluridimensionnel, les éventuelles conséquences du nouveau califat du XXIe siècle sont énormes à l’échelle locale, transfrontalière, régionale et euroasiatique —dans une région où le contrôle des hydrocarbures joue un rôle prépondérant—, puisqu’elles s’inscrivent dans un irrédentisme lié à son djihad pour le pétrole, ainsi qu’à sa projection géopolitique pour les cinq prochaines années.
Le conflit armé de 1980-1988, qui a opposé les Arabes irakiens (à l’époque de Saddam Hussein) aux Perses iraniens (à l’époque de l’ayatollah Khomeini) avant que les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’OTAN livrent à l’Irak deux guerres (1990–1991 et 2003–2011) découlant du népotisme dynastique des Bush (père et fils), a servi à « quelqu’un ».

Après avoir été en proie à la guerre pendant 34 ans d’affilée, l’Irak, aujourd’hui en état de déliquescence avancée, entre dans une nouvelle phase : celle de la guerre ethno-confessionnelle —réplique des guerres religieuses européennes du XVIIe siècle—, opposant sunnites et chiites, un conflit, susceptible de durer 30 années de plus, déjà perceptible dans divers pays du « Moyen-Orient élargi » (qui, selon la définition du général israélien Ariel Sharon s’étend du Maroc au Cachemire et de la Somalie au Caucase), en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, à Bahreïn et en Arabie saoudite (dans sa partie orientale où la « minorité » chiite est majoritaire) et auquel participent, dans les coulisses (mais déjà de façon bien visible) et à l’échelle régionale, les six pétromonarchies du Conseil de coopération des États arabes du Golfe Persique, la Turquie, la Jordanie et l’Iran, sans parler du Kurdistan irakien (grand allié d’Israël).
Se trouvant au cœur de l’Eurasie, le nouveau califat du XXIe siècle a de profondes implications géostratégiques sur les RIC qui, à la différence des États-Unis et des pays du continent américain où la présence musulmane est infinitésimale (0,8 % aux États-Unis, 0,42 % en Amérique du Sud et 1,6 % sur tout le continent américain), possèdent des « minorités » musulmanes non négligeables.

À mon avis, le nouveau califat du XXIe siècle et son djihad mondial, djihad qui vise à la fois le pétrole ainsi qu’un but géostratégique, gruge les frontières des régions musulmanes des RIC et modifie la démographie interne de ces pays —dont la population musulmane totale avoisine les 200 millions—, en tenant compte de la force de neutralisation qu’exercent les États-Unis sur la Russie et la Chine (par l’intermédiaire de la doctrine Obama).
Avec un temps d’avance, j’ai déjà exposé la prépondérance du « facteur musulman » en Inde, un pays qui se trouve face à une catastrophe démographo-géopolitique.

Vladimir Poutine a déclaré que « les événements causés par les pays occidentaux en Ukraine sont la démonstration à petite échelle de l’existence d’une politique d’endiguement contre la Russie ».
Il est impossible de laisser de côté les vases communicants qui existent entre l’Ukraine, la mer Noire, la Transcaucasie et le Moyen-Orient élargi, où brille, avec beaucoup d’intensité, le « facteur tchétchène ».
De l’avis de Poutine, les « pays occidentaux », depuis l’effondrement du monde unipolaire, ont la prétention d’imposer leurs principes aux autres pays en transformant la planète en un « cartel mondial ».
Lorsque la Guerre froide était à son paroxysme, le livre de l’aristocrate française Hélène Carrère d’Encausse intitulé L’empire éclaté : la révolte des nations en U.R.S.S. —un ouvrage qui prédisait la dissolution de l’Union soviétique—, a mis en évidence l’état de vulnérabilité dans laquelle la frénétique croissance démographique de la population musulmane polygame plaçait la cohésion de ce pays.

Les politiciens des États-Unis, notamment le vice-président Joe Biden, recommencent à reparler du « modèle démographique » de l’« empire éclaté », pourtant déjà réduit à cette portion congrue qu’est la Russie, où une minorité musulmane non négligeable représentant 15 % de la population (20 millions de personnes au total) est installée dans la région de la Volga et de l’Oural, ainsi que dans le nord du Caucase hypersensible (Daguestan, Tchétchénie, etc.).

La Chine aussi possède une « minorité » musulmane sunnite très turbulente et visiblement stimulée de l’extérieur : les célèbres Ouïgours —d’origine mongole, ils sont liés à leurs congénères d’Asie centrale et de Turquie— qui sont majoritaires dans la région autonome du Xinjiang et dont le nombre s’élève à 10 millions (d’après le recensement de 2010).

Région des plus stratégiques, le Xinjiang, avec une superficie de 1,6 million de km2, regorge de gisements de pétrole, constitue la plus grande région productrice de gaz naturel en Chine et possède d’importantes réserves d’uranium.

Les liens commerciaux qui unissent le Xinjiang au Kazakhstan sont de la plus grande importance géostratégique en plein cœur de l’Eurasie.
Récemment, les séparatistes ouïgours sunnites ont accru le nombre des attentats à Pékin, la capitale chinoise.
Cherchant à renverser le gouvernement chinois local, ces séparatistes se sont inspirés avant la lettre de la théologie du djihad mondial dont se réclame aujourd’hui le nouveau califat du XXIe siècle et auquel ils pourraient très bien se joindre.

Le nouveau califat du XXIe siècle et son djihad mondial contre les BRICS ferait-il partie du « cartel mondial » des « pays occidentaux » ?

Alfredo Jalife-Rahme
Traduction Arnaud Bréart
Source: La Jornada (México)
Repris de : http://www.voltairenet.org/article184781.html
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En Castellano:

Nuevo « califato » del siglo XXI en Irak
¿Yihad global contra los BRICS?
por Alfredo Jalife-Rahme

Lejos de ser una alianza levantina al servicio de las ambiciones occidentales, el nuevo «califato» del siglo XXI responde a los objetivos del imperialismo global. Para Washington, el Emirato Islámico es un arma de destrucción masiva dirigida contra los países emergentes, fundamentalmente contra Rusia, la India y China. El analista mexicano Alfredo Jalife explica qué uso puede dar Estados Unidos al Emirato Islámico, mucho más allá de Siria e Irak.

Red Voltaire | Ciudad de México | 18 de julio de 2014
français

Yihadistas armados desfilan en la provincia de Raqqa, norte de Siria, celebrando la proclamación del califato anunciada por el Emirato Islámico en Irak y el Levante.

La nebulosidad sobre la sorprendente creación y propagación del grupo sunnita jihadista Emirato Islámico de Irak y el Levante (Siria y Líbano) –EIIL, conocido igualmente como ISIL, por sus siglas en inglés, o Daesh en árabe–, que ha generado aparente «confusión», empieza a disiparse debido a sus alcances geoestratégicos en la frontera del «triángulo RIC» (Rusia, India y China), cuyos tres miembros forman parte del ascendente grupo BRICS (Brasil, Rusia, India, China y Sudáfrica), a 14 días de celebrar su sexta cumbre en Fortaleza.

El primer día del ayuno islámico del Ramadán, un dato simbólicamente ilustrativo fue escenificado por ISIL/Daesh, que deja oficialmente de lado su nombre por el de «Estado Islámico»: el lanzamiento del «califato islámico» en los territorios bajo su ocupación militar, y nombró a su enigmático líder Abu Bakr al-Baghdadi como su nuevo califa (que significa en árabe «sucesor» del profeta Mahoma).

El temerario lanzamiento del nuevo califato por el «Estado Islámico» sunnita es un triple anatema para el chiísmo universal de 300 millones de feligreses (20% del total islámico global):

1) el califato, que nace con los «compañeros» del profeta, es eminentemente sunnita y motivo de la ruptura sucesoria con los chiítas seguidores de Alí (primo de Mahoma);
2) Abu Bakr fue el primer califa del sunnismo, padre de la legendaria Aisha y uno de los suegros del profeta, y hoy su nombre se convierte en nom de guerre del «nuevo califa del siglo XXI»,
3) el califato sunnita proclamado llega hasta las fronteras de Irán, en la provincia de Diyala, para vincularse con Alepo (Siria), en la frontera turca.
El primigenio califato fue abolido con la derrota del Imperio Otomano en la Primera Guerra Mundial, lo cual significó el reparto de sus despojos mediante la artificial cartografía medioriental del tratado secreto anglo-francés Sykes-Picot, que el nuevo califato del siglo XXI ha dado por muerto al borrar de facto la transfrontera de Siria e Irak, lo cual beneficia el nuevo trazado militar del Kurdistán iraquí.

Las consecuencias del nuevo califato del siglo XXI son enormes a escala local/transfronteriza/regional y euroasiática, en medio de su epifenómeno multidimensional –donde el control de los hidrocarburos juega un papel preponderante–, cuando sus implicaciones prospectivas se plasman en su irredentismo cartográfico tanto de su yihad petrolera como de su proyección geopolítica para los próximos 5 años.

A «alguien» le convino la guerra de 1980-1988 focalizada entre los árabes de Irak (en la etapa de Sadam Husein) contra los persas de Irán (en la fase del ayatola Khomeiny), para que luego Estados Unidos/Gran Bretaña/OTAN librasen sus dos guerras puntuales contra Irak (en 1990-1991 y en 2003-2011) del nepotismo dinástico de los Bush (padre e hijo).

Irak, hoy en delicuescencia, lleva 34 años ininterrumpidos de guerras caleidoscópicas y ahora entra a un nuevo estadio: una guerra etno-teológica que puede durar otros 30 años –réplica de las guerras europeas del siglo XVII– entre sunnitas y chiítas, que abarca ya nítidamente a varios países del «Gran Medio Oriente» (según la definición del general israelí Ariel Sharon este Gran Medio Oirente va desde Marruecos hasta Cachemira y de Somalia al Cáucaso): Irak, Siria, Líbano, Yemen, Bahréin, Arabia Saudita (en su parte oriental petrolera, donde predomina la «minoría» chiíta), y en la que participan a escala regional tras bambalinas (ya muy vistas) las 6 petromonarquías del Consejo de Cooperación del Golfo, Turquía, Jordania e Irán, sin contar el Kurdistán iraquí (gran aliado de Israel).

El nuevo califato del siglo XXI, en pleno centro de Eurasia, comporta implicaciones profundas en el triángulo geoestratégico de los RIC, donde existen importantes «minorías» islámicas, a diferencia de Estados Unidos y todo el continente americano, donde la presencia musulmana es microscópica: 0,8% de la población en Estados Unidos; 0,42% en Sudamérica y 1,6% en todo el continente americano.

Es mi hipótesis que el nuevo califato del siglo XXI y su yihad global, tanto petrolera como geopolítica, carcome las fronteras islámicas del «triángulo RIC» y desestabiliza su conformación demográfica interna –con un total de casi 200 millones de musulmanes en su seno–, tomando en cuenta la doble «contención» que Estados Unidos trata de imponer contra Rusia y China (mediante la doctrina Obama).

Con antelación ya había expuesto el preponderante «factor islámico» en la India, que se encuentra ante un tsunami demográfico y geopolítico.
El presidente ruso Vladimir Putin ya declaró al respecto que «los acontecimientos provocados por Occidente en Ucrania son una muestra concentrada de una política de contención contra Rusia».

No se pueden soslayar los vasos comunicantes entre Ucrania, el Mar Negro, el Transcáucaso y el Gran Medio Oriente, donde se distingue intensamente el «factor checheno».

A juicio de Putin, después del fracaso del mundo unipolar, «Occidente» pretende imponer a otros países sus principios, convirtiendo el planeta en un «cuartel mundial». ¡Uf!

Durante el paroxismo de la guerra fría, el libro predictivo sobre la disolución de la URSS, El imperio resquebrajado: la revuelta de las naciones en la URSS, de la aristócrata francesa Helène Carrère d’Encausse, exhibió la vulnerabilidad de la URSS debida al galopante crecimiento demográfico de su poligámica población musulmana.

Los políticos de Estados Unidos, entre ellos su vicepresidente Joe Biden, vuelven a repetir el «modelo demográfico» del «imperio resquebrajado», ya reducido a la mínima expresión de Rusia, donde existe una relevante minoría musulmana de alrededor de 15% de su población (20 millones del total) asentada en la región Volga/Ural y en el hipersensible Cáucaso norte (Daguestán, Chechenia, etc.).

En China también existe una «minoría» islámica sunnita muy inquieta, ostensiblemente azuzada desde el exterior: los célebres uigures –de origen mongol, conectados con sus congéneres de Asia central y Turquía–, que predominan en la Región Autónoma de Xinjiang y que ascienden a 10 millones (según el censo de 2010).

La superestratégica región de Xinjiang, con una extensión de 1,6 millones de kilómetros cuadrados, encierra grandes yacimientos de petróleo, constituye la mayor región productora de gas natural de toda China y ostenta importantes reservas de uranio.

La conexión comercial de Xinjiang con Kazajstán es de la mayor importancia geoestratégica en medio de Eurasia.
En fechas recientes, los separatistas uigures sunnitas han intensificado sus atentados en el mero corazón de China, en su capital Pekín.

Los separatistas uigures, que buscan derrocar al gobierno chino local, están inspirados por la teología de la yihad global avant la lettre, teología que ahora proclama y reclama el nuevo califato del siglo XXI, con el que muy bien pudieran conectarse.

Cabe entonces que nos preguntemos: ¿Forman parte del «cuartel mundial» de «Occidente» el nuevo califato del siglo XXI y su yihad global contra los BRICS?

Alfredo Jalife-Rahme
Fuente: La Jornada (México)
Re-tomado de: http://www.voltairenet.orgarticle184783.html

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