A Propos des Cent Jours du Gouvernement Jomaa par Kawther Hayder

Le gouvernement Jomaa est en droit d’attendre non pas la critique froide d’observateurs arrogants, mais plutôt l’apport encourageant de ceux qui relèvent les manches.
Par Kawther Hayder*

Tout en respectant sa personne, je suis tentée par dire d’abord à Jilani Hammami – qui a noté la copie du nouveau gouvernement à 4/20 – qu’en matière de communication, il a droit à un 2/20, et encore, je suis indulgente quoique navrée.

Sa participation sur le plateau de Nessma (6/5/2014), empreinte de jugement excessif à l’emporte-pièce, dégage quelque chose de sombre, de lymphatique, de triste et de désolant pour ne pas dire dépressif tout court.

Faut-il rappeler à Jilani Hammami que les peuples encore soumis qu’il prétend défendre ont des ennemis violents mais encore si futés pour leur insuffler la culture de la désespérance, source de leur démobilisation et même la haine d’eux-mêmes.
Il est vain de mettre en avant à tout bout de champ des références idéologiques abstraites, toutes confortables et si paresseuses qui ne sont en fait que des grilles de lecture usées et stériles.

Loin de l’hypercriticisme morbide bien confortable que Jilani Hammami manifeste, tel un relent de gauchisme sur le tard, la conjoncture actuelle de notre pays appelle des voix jeunes, irrévérentes, innovatrices, énergiques, pleines d’audace et de souplesse, capables d’apporter des perspectives réalistes de lutte collective par rapport à ce qui est immédiat, concret et faisable. En somme, il s’agit de penser et agir ensemble envers et contre tout, pour forcer le destin: cela s’appelle l’espoir.

A la lumière de cette démarche, il est nécessaire de prendre acte du nouveau climat général chez nous – et ici la perception est de valeur –, un climat en voie d’amélioration – comme entrée en matière – du fait de l’action interne/externe du nouveau gouvernement sur les plans sécuritaire et diplomatique.

Cette sensation partagée (à l’intérieur/extérieur de nos frontières), vécue positivement, provoque des effets stimulants par opposition nette au climat oppressif, décourageant et démobilisateur instauré sciemment par Enahdha, par le désastre de ses deux gouvernements successifs, par son noyautage des rouages de l’Etat, ses manœuvres de basse politique au sein de l’Assemblée nationale constituante (ANC), en particulier contre les droits citoyens des femmes, par ses complicités évidentes avec les terroristes, l’horreur des crimes d’Etat dont Enahdha garde l’entière responsabilité politique et morale, par l’utilisation scandaleuse de milices fascistes sur les places publiques et dans les mosquées.
La liste des souffrances infligées en si peu de temps à notre peuple est encore longue et les comptes se feront bien un jour, sans doute.

Evidemment, la feuille de route du Quartet exige des actions précises en profondeur à court et moyen termes pour lesquelles ce 6e gouvernement transitoire qui tranche sur les précédents s’est engagé.

En même temps, ce gouvernement de technocrates est en droit de recevoir au nom de ce qui est bien pour le pays non pas la critique froide d’observateurs arrogants ou nonchalants mais plutôt un apport encourageant, efficace et effectif, de la part de partis politiques qui s’engagent dans ces réformes urgentes, relèvent les manches, situent le pays au-dessus de leurs intérêts propres; et également de la part de mouvements sociaux protagonistes du changement.

Il ne s’agit pas au bout de ces 100 jours d’émettre à l’endroit de ce nouveau gouvernement un jugement clos, absolu, mais de l’accompagner dans sa tâche démesurée à travers un processus à peine initié qui nous implique tous, et qui devra être mené avec l’énergie d’un espoir collectif naissant pour les décennies à venir, passant d’abord par les prochaines élections qui se doivent de déboucher nécessairement sur les horizons clairement définis par notre peuple insurgé: «Shoghl, Horrya, Karama Watanya» (Travail, Liberté et Dignité nationale).

Au lieu de se laisser piéger par son questionnaire, il aurait fallu plutôt critiquer le journal  »El Maghreb » dont l’initiative journalistique intéressée tombe en porte-à-faux, ce qui lui vaut à son tour une note en dessous de la moyenne.

*Diplômée au chômage, parmi tant d’autres de nos concitoyens(nes).

Source : http://www.kapitalis.com/tribune/22178-tunisie-tribune-a-propos-des-100-jours-du-gouvernement-jomaa.html

Note : Article également publié le même jour en première page par Leaders :
http://www.leaders.com.tn/article/a-propos-des-cent-jours-du-gouvernement-jomaa?id=14016

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