Le naufrage d’Ennahdha par Abdellatif Ghorbal

Depuis ce jour du 23 octobre 2011 où la branche tunisienne des «frères musulmans» a recueilli 36 % des voix, la Tunisie semble se diriger tout droit vers l’abîme. Incompétence des gouvernants, insécurité, agressions, intimidations, corruption, emprisonnements arbitraires, assassinats, terrorisme, hausse de la pauvreté, chute du tourisme, effondrement du dinar, et bientôt la faillite de l’État : voici le cocktail concocté et administré de force par les «frères musulmans», bien aidés en cela par les «docteurs» Marzouki et Ben Jaâfar.

Cela fait plus de deux ans maintenant que je mets en garde ceux qui me lisent contre le danger que représente l’islamisme politique, une idéologie creuse, manipulatrice et sanglante, qui bien souvent ne débouche que sur la guerre civile. L’islamisme est une chimère : le plus tôt les peuples du monde le comprendront, mieux l’humanité toute entière se portera. Mais l’incompétence absolument prodigieuse des «frères musulmans» au pouvoir a fait une victime supplémentaire que peu de personnes identifient comme telle. Cette victime, c’est le parti Ennahdha lui-même.

Ennahdha il y a deux ans
Que l’on se souvienne de ce que l’on disait du parti de Ghannouchi il y a seulement deux ans, juste avant les élections : que ce parti pouvait à lui seul réunir plus de la moitié des suffrages ; que ce parti avait des militants partout, dans chaque ville, dans chaque quartier, dans chaque famille, et dans tous les milieux sociaux ; que ce parti était le parti qui rassurait le plus les Tunisiens ; que ce parti était modéré, sage, responsable et démocrate ; que ce parti était une merveille de discipline, d’où rien ne filtrait, et où les décisions du chef suprême étaient incontestées ; que ce parti pouvait d’un claquement de doigt faire sortir dans la rue des millions de Tunisiens ; que ce parti était le seul capable d’assurer la sécurité du pays ; bref, que ce parti était la Tunisie, son identité et son avenir. Ce discours, tout le monde le tenait : les militants islamistes bien sûr, la plupart des partis politiques tunisiens, les chancelleries occidentales, France, Grande-Bretagne et États-Unis en tête, et les parrains orientaux d’Ennahdha, Qatar, Arabie Saoudite et Israël principalement. Le pire était que ceux qui se taisaient le pensaient également.

Puis les élections eurent lieu le 23 octobre 2011. Malgré de forts soupçons de fraude et d’achat de voix par toutes sortes de «dons» et «faveurs», les « frères musulmans » d’Ennahdha n’obtinrent que 36 % des suffrages, ce qui signifiait que les deux tiers du pays n’avaient pas voté pour eux. Pour beaucoup d’entre eux, et pour Ghannouchi en particulier, ce fut un choc. Les islamistes pensaient réellement obtenir plus de la moitié des voix !

Cette déception fut rapidement compensée par la découverte des ressources financières de l’État, comparables comme l’a avoué un de leur dirigeant dernièrement à une «nuit de noce perpétuelle». Pour eux, le pays devenait un butin, une «ghanima». De l’argent «gratuit» ! De l’argent «illimité» ! De l’argent que l’on pouvait obtenir sans rien faire, sans travailler ! Il suffisait de demander aux institutions internationales, et des milliards en devise se déverseraient sur le pays ! Quel bonheur les militants d’Ennahdha ont-ils dû éprouver ! Et que disait-on de l’opposition à cette époque ? Souvenez-vous : les «zéro virgule», les «déchets de la francophonie», les «mécréants», les « azlem », les « fouloul », les bourgeois «compradores», des misérables créatures qui méprisaient le peuple. Et comme les islamistes et leurs alliés riaient à cette période ! Souvenez-vous de tous ces ténors d’Ennahdha et du CPR, qui paradaient sur les plateaux de télévision, hilares, vociférant et éructant des menaces de vengeance, s’octroyant des salaires généreux, et plaçant leurs proches dans toutes les administrations, payés à ne rien faire.
Ils niaient et écartaient d’un revers de main tous les problèmes et risques qui menaçaient déjà le pays, en les qualifiant ironiquement de «fazzaa» qui n’existent que dans la tête de ces « zéro virgule ». L’opposition était K.O. debout, éclatée, éparpillée, divisée, abattue, et dépressive. Souvenez-vous, entre autres, de l’affaire du palais Al-Abdellia: à la télévision nationale, les trois présidents en rang d’oignon récitaient le texte écrit par le majliss ach-choura, et condamnaient, non pas les salafistes qui avaient détruit des œuvres d’art, mais les artistes eux-mêmes, pour «atteinte au sacré». Je crois que jamais dans son histoire, la Tunisie n’est tombée aussi bas que ce jour-là. Les autorités tunisiennes, au lieu de résister aux ordres d’Ennahdha, devançaient les désirs des nouveaux maîtres. En 2012, la Tunisie était en train de se faire coloniser par la racaille islamiste du monde entier. Souvenez vous de ces hordes de prédicateurs hystériques déferlant, via les salons d’honneurs des aéroports, sur une Tunisie éberluée, vociférant et vouant aux gémonies tous les Tunisiens qui croyaient en leur pays, en leur avenir, au Travail, au Savoir et à la Raison, traités avec mépris de « Almaniynes » par les Wajdi Boughnim et consorts. La Tunisie devenait pour eux une terre de prédication et de Jihad. Quelle déchéance ! Quel gâchis !

Pourtant, dès le 24 octobre 2011, le naufrage d’Ennahdha avait commencé. Comment? Tout simplement en décidant, non pas de gérer la phase transitoire en tant que pouvoir provisoire comme promis aux électeurs, mais de tenter de s’emparer de tous les leviers du pouvoirs pour y rester sans limitation dans le temps ; non pas de s’atteler à la tâche pour résoudre les problèmes urgents des Tunisiens, mais en manœuvrant pour changer le mode de vie de la société tunisienne ; non pas de rassurer et de séduire leurs opposants, mais de les écraser ; non pas de récompenser la loyauté de leurs vassaux et serviteurs, le CPR et Ettakatol, mais de les humilier, les rabaissant au rang de supplétifs soumis ; non pas d’organiser des élections rapides, mais de confisquer le pouvoir. Imaginez que les dirigeants d’Ennahdha se soient comportés comme Erdogan en Turquie il y a dix ans : ils auraient promulgué une constitution laïque et progressiste, le monde entier les aurait applaudis, et ils auraient fait un triomphe aux élections suivantes, en augmentant encore leur score de 36 %. Ennahdha serait alors devenu le nouveau RCD, le pivot de la politique tunisienne, le nouveau parti unique, un peu comme l’AKP l’est en Turquie.

Mais ce ne fut pas la voie choisie par les dirigeants d’Ennahdha. À la place, ils décidèrent d’aller à l’affrontement. Ils tentèrent tout d’abord d’imposer la Charîa, de criminaliser « l’atteinte au sacré ». Ils voulurent également instaurer une chambre haute islamique, où des Cheikhs nahdhaouis auraient eu le pouvoir suprême de contrôler le travail législatif et l’action du gouvernement. Ils mirent en place leurs milices, les LPR, tout en protégeant les salafistes, Ansar al-Charia en particulier. Grâce à ces derniers, ils se mirent à agresser tous leurs adversaires réels ou supposés : Les intellectuels, les artistes (N. Bouzid), les athées (condamnation à de la prison ferme), les journalistes (Krichène), les universitaires (la Manouba, Kazdaghli), les médias (le groupe Assabah), les femmes, les syndicats, l’UGTT, les grévistes, Niadaa Tounes, etc. Ils imposèrent leurs thèmes de propagande : Charîa, «Haouiya» (identité arabo-musulmane), rites religieux, polygamie, mariage orfi, école coranique, adoption à interdire, suppression du code du statut personnel, « jihad an-nikah », la liste est infinie et terrifiante. Pendant quelques mois, la Tunisie a vécu le quotidien de n’importe quel pays du Golfe : le néant intellectuel, spirituel et politique, sans les pétrodollars qui permettent de faire passer la pilule.

Aujourd’hui, Ennahdha ne contrôle plus rien
En quelques mois, du fait de cette politique idiote, Ennahdha a réussi la performance magistrale, l’exploit, le prodige de tout perdre. Ils ont tout d’abord manifesté beaucoup de compréhension et de sollicitude à l’égard des auteurs de violences et autres délinquants et contrebandiers, comme s’ils pensaient vraiment pouvoir les utiliser à leur profit ; ils ont laissé détruire l’ambassade américaine (leur alliée la plus solide) par des hordes fanatisées; leur protection des salafistes, considérés jusqu’alors comme les « enfants de Ghannouchi», et leur laxisme sécuritaire ont conduit à l’assassinat de Lotfi Nagdh dans un premier temps, puis de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, les décrédibilisant complètement sur les scènes nationale et internationale.

En couvrant les activités des salafistes, ils se sont aliénés l’armée nationale et l’Algérie ; en couvrant les agressions de leurs milices, ils ont perdu le contrôle des forces de sécurité. En ne se préoccupant que de problèmes futiles et soi-disant identitaires, ils ont laissé l’économie du pays s’effondrer, perdant tant le soutien du patronat que la neutralité de l’UGTT.

Et en s’attaquant aussi bien aux bourgeois qu’aux ouvriers, ils ont réussi l’exploit unique au monde d’unir le syndicat patronal et le syndicat ouvrier. L’ANC est devenue une coquille vide, une vaste blague qui fait honte au pays tout entier, et que personne n’écoute depuis qu’ils ont trahi la confiance du peuple le 23 octobre 2012, en s’accrochant au pouvoir comme un enfant à son hochet. La présidence de la République est tombée encore plus bas, une farce triste, une machine grotesque à produire du ridicule, qui a fait perdre à la Tunisie le soutien tant des pays maghrébins que de l’Égypte et des États-Unis.

Ennahdha voulait faire de la Tunisie une colonie orientale : même là ils ont échoué ! Plus un seul pays arabe ne considère la Tunisie comme un pays sérieux: ni le Maroc et l’Algérie, qui craignent que le pays ne devienne une base arrière du terrorisme, ni la Syrie, le Liban et l’Irak bien sûr, qui subissent le chaos des djihadistes amis d’Ennahdha, encore moins l’Égypte et l’Arabie Saoudite, engagés dans une lutte à mort contre les frères musulmans du monde entier. Quant au Qatar, son soutien n’a rien rapporté aux nahdhaouis, ni influence ni argent. Ils ont évidemment tout fait pour infiltrer l’État, et surtout le ministère de l’intérieur, espérant constituer une sorte de police parallèle. L’échec est patent. Infiltrer un ministère est un art, que visiblement les islamistes ne connaissent pas. Pour qu’une infiltration réussisse, il faut gagner la confiance de ses subordonnés, ce qu’Ennahdha est incapable de faire.

Le vrai pouvoir policier aujourd’hui, c’est le syndicat des forces de sécurité. Le vrai pouvoir militaire aux frontières aujourd’hui, c’est l’armée algérienne, aussi triste cela soit-il. Quelle confiance accorder encore aux gouverneurs nahdhaouis, aux municipalités nahdhaouies, aux infiltrés nahdhaouis : leur incompétence est telle que plus personne ne la nie aujourd’hui. Désormais, les Tunisiens ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Ennahdha n’est plus un parti
Cette descente aux enfers, une partie de la direction d’Ennahdha regroupée autour de Jebali a tenté de l’éviter, lors du lâche assassinat de Chokri Belaïd. Sincère ou non, la proposition de Hammadi Jebali est mort-née, non pas sous les coups de l’opposition, mais sous les coups de sape et l’acharnement hystérique des faucons d’Ennahdha avec à leur tête le célèbre Rached Ghannouchi. Les adversaires de Jebali avaient-ils agi par habileté et clairvoyance ou simplement par cécité politique et naïveté de novices ? Le fait qu’ils aient raté une occasion unique de sauver la mise montre que la bêtise les accompagne dans tout ce qu’ils entreprennent. Ghannouchi doit s’en mordre les doigts. La succession des déboires de son parti et de ceux de l’ensemble de la confrérie des frères musulmans dans la région, ces derniers mois, lui ont fait comprendre que son mouvement se trouve désormais sur une pente dangereusement glissante. Le naufrage d’Ennahdha pointe à l’horizon proche. Et la peur a changé de camp.

Sinon comment expliquer le désordre et le désarroi qui règnent aujourd’hui dans la maison nahdhaouie ? Cette (ancienne) citadelle n’a plus de véritable chef, seulement des chefaillons qui fleurissent au gré du moment dans un « Majliss Ach-choura » en déshérence.

Ghannouchi, jusque-là considéré partout comme le chef suprême d’Ennahdha, n’est plus en mesure de faire respecter ses engagements signés de sa propre main. L’encre de son stylo n’a pas encre séché que le démenti de ses ouailles s’abat sur les salles de rédaction pour nier les engagements du chef. Sa crédibilité dans le pays et à l’étranger est en chute libre. Rien ne va plus pour Ennahdha, rien ne va plus pour Ghannouchi, qui pourtant voulait sauver son mouvement ou ce qu’il en reste. Mais là, c’était sans compter sur l’entêtement et l’obstination du clan disparate d’Ali Larayadh et de ses obligés, dont le sens tactique est aussi mauvais que celui de Morsi.

Les péripéties vécues ces dernières semaines par les participants au dialogue national ne peuvent pas se comprendre sans une bonne lecture de ce qui se déroule chez à Ennahdha. Ennahdha n’a pas de politique, et ne pourrait jamais en avoir une. Nous nous pensions dans l’erreur quand nous ne pouvions pas les comprendre, alors qu’il n’y avait rien à comprendre. Notre erreur majeure fut que nous les croyions meilleurs que les autres militants tunisiens sur les plans de la discipline et de la cohérence. La réalité actuelle prouve qu’il n’en est rien, et qu’ils sont comme les autres, l’incompétence en plus. Il n’y a rien attendre d’eux. Ou bien ils se rangent avec les autres Tunisiens pour agir pour le bien du pays, ou bien ils seront écartés comme en Égypte.

La colère gronde dans les casernes et les commissariats, aussi bien qu’à Alger, Le Caire ou Riyadh. Il est dans l’intérêt des adhérents d’Ennahdha eux mêmes que l’initiative du quartet réussisse, et qu’ils quittent le pouvoir le plus rapidement possible. Mais seront-ils un jour capables de le comprendre, non pas l’intérêt de la Tunisie dont ils n’ont que faire, mais simplement leur propre intérêt?

Abdellatif Ghorbal
2013-10-22

Source : http://www.leaders.com.tn/article/le-naufrage-d-ennahdha?id=12453

General Giap, genio militar y héroe

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2013/10/04/le-general-giap-heros-de-l-independance-vietnamienne-est-mort_3490198_3382.html
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Vietnam: muere el General Giap, genio militar y héroe
04 Oct 2013
Hanói (AFP)

El general Vo Nguyen Giap, héroe militar de la independencia de Vietnam y artífice de la derrota de los franceses y de los estadounidenses, falleció este viernes a los 102 años de edad, informaron fuentes gubernamentales y castrenses.
« Confirmo que el general Giap murió a las 18H08 » (11H08 GMT), indicó a la AFP un responsable gubernamental que pidió el anonimato.

Una fuente militar confirmó la muerte en el hospital militar 108 de Hanói, en donde recibía tratamiento desde hace tres años.
« El cuerpo del general Giap fue trasladado (…) a la morgue del hospital con una guardia de honor para rendirle homenaje », precisó el sitio oficial de información VNExpress.
Giap, último dirigente histórico del Vietnam comunista aún con vida, era una de las figuras más admiradas por la población, detrás del fundador del Partido Comunista vietnamita, Ho Chi Minh.

« Descansa en paz, héroe del pueblo. Siempre serás nuestro principal general », escribió un internauta en Facebook, apenas un ejemplo de los numerosos testimonios que inundaban las redes sociales, incluso antes de que el anuncio de su muerte fuera oficial.
« Espero que se decrete un día de luto nacional. Es una figura respetable que contribuyó mucho a nuestra nación vietnamita », opinaba otro internauta.

Por el momento, no se ha divulgado ningún detalle sobre sus funerales.

Una carrera política truncada

Giap, autodidacta formado gracias a la lectura, fue uno de los genios militares más importantes de la historia.
Desarrolló una estrategica militar que le permitió vencer a franceses y estadounidenses.
La derrota que infligió a las tropas colonialistas francesas en Dien Bien Phu (noroeste), en 1954, fue la base para la independencia de Vietnam y para el fin de la dominación francesa en Indochina.

En los veinte años posteriores, este hijo de campesino, letrado y con un perfecto dominio del francés, continuó dirigiendo a sus tropas durante la guerra de Vietnam contra los americanos y sus aliados de Vietnam del Sur hasta la toma de Saigón, el 30 de abril de 1975.

Sus victorias inspiraron a combatientes del mundo entero. « La influencia y el nombre del general Giap han trascendido las fronteras de Vietnam. Ha inspirado movimientos de resistencia en Asia y África, sobre todo en Argelia », afirma el historiador Phan Huy Le, según el cual, Giap es « uno de los estrategas militares con más talento ».

Pero a pesar de sus éxitos militares, su carrera política fue truncada por el régimen comunista. En 1975, ya no era jefe del Ejército del comunista Vietnam del Norte y, debido a su conflicto abierto con el número uno del régimen, Le Duan, se le fue apartando poco a poco del poder.

En 1982, salió del buró político del Partido. Aunque conservaba su rango de viceprimer ministro, estaba al cargo de las Ciencias Tecnológicas y de la Planificación Familiar. Finalmente, se le retiró del comité central del partido en 1991.

A pesar de todo, la popularidad de este general, que no dudaba en denunciar casos delicados de corrupción, incluso después de sus 90 años, es indiscutible, en particular entre los jóvenes.
Giap deja a Dang Bich Ha, su segunda esposa, y a cuatro hijos.

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Décès du Général Giap, le Vainqueur de Dien Bien Phu

AFP 4 octobre 2013 à 15:28 (Mis à jour : 4 octobre 2013 à 16:53)
Le général Giap, le 10 juillet 2008 à son domicile à Hanoï (Photo Hoang Dinh Nam. AFP)
Agé de 102 ans, Giap était considéré comme un héros de l’indépendance au Vietnam, bien que sa carrière politique ait été brisée par le régime.

Le général Vo Nguyen Giap, héros militaire de l’indépendance vietnamienne et artisan de la débâcle française à Dien Bien Phu, est décédé vendredi à l’âge de 102 ans. Il a été l’architecte des victoires du Vietnam communiste contre la France et les Etats-Unis, succès qui ont fait de lui une icône populaire malgré une carrière politique brisée par le régime communiste.

Considéré comme l’un des plus importants stratèges militaires de l’Histoire, il a infligé en 1954 dans la «cuvette» de Dien Bien Phu (nord-ouest) une cuisante défaite aux troupes colonisatrices françaises, événement fondateur de l’émergence d’un Vietnam indépendant et de la fin de la domination française en Indochine.

Pendant les vingt années qui suivent, ce fils de paysan lettré, à la maîtrise impeccable du français, continue de diriger ses troupes pendant la guerre du Vietnam contre les Américains et leurs alliés du Sud-Vietnam, jusqu’à la prise de Saïgon le 30 avril 1975. «Quand j’étais jeune, je rêvais un jour de voir mon pays libre et unifié», racontera plus tard dans un entretien à la chaîne américaine PBS celui qui était le dernier dirigeant historique du Vietnam communiste encore en vie. «Ce jour-là, mon rêve est devenu réalité (…). C’était comme tourner une page sur un chapitre de l’histoire».

Ecarté sans ménagement par le pouvoir ces 30 dernières années, ses heures de gloire font malgré tout de cette icône populaire la figure la plus emblématique du Vietnam moderne, après le fondateur du Parti communiste vietnamien Ho Chi Minh. «C’est un personnage mythique et héroïque pour le Vietnam», résume ainsi Carl Thayer, chercheur basé en Australie.
Né le 25 août 1911 dans la province centrale de Quang Binh, Giap, fin connaisseur de Napoléon, n’était pas destiné à devenir un soldat. Mais les tactiques de cet autodidacte, formé à la stratégie militaire à coups de lectures, inspireront les combattants du monde entier pour des décennies. Venu étudier puis enseigner l’histoire à Hanoï, il s’enfuit à la fin des années 1930 en Chine. Il y rencontre l’«Oncle Ho», qui le charge de fonder l’armée révolutionnaire Viet Minh fin 1944. Entre-temps, sa haine de la puissance colonisatrice n’a cessé de croître, alimentée par le décès de sa première femme dans une prison française. En 1945, Giap devient ministre de l’Intérieur du premier gouvernement auto-proclamé du Vietnam, avant de passer un an plus tard à la Défense, un poste qu’il conservera au nord plus de 30 ans.

Pluie d’hommages pour ses 100 ans

Malgré sa victoire à Dien Bien Phu, son influence s’affaiblit après la mort d’Ho Chi Minh en 1969 et lors de la réunification du Vietnam, Giap n’est déjà plus chef de l’armée du Nord-Vietnam communiste. Il est en conflit ouvert avec le numéro un du régime, Le Duan, qui cassera sa carrière politique, et son successeur à la tête des forces militaires, Van Tien Dung, lui vole en grande partie la vedette. Mais dans cette campagne aussi, parce qu’il est resté ministre de la Défense, les analystes lui attribuent encore un rôle clé d’architecte. «Derrière chaque victoire, on retrouvait Giap, qui en était la force motrice», estimera l’un de ses rares biographes, Cecil Currey.

En 1980, il est remplacé à la Défense, puis exclu du bureau politique du Parti communiste en 1982. Et sa mise sur la touche ne s’arrête pas là : il conserve son rang de vice-Premier ministre, mais est désormais chargé des Sciences, Technologies et du Planning familial. Il est finalement évincé du comité central du Parti en 1991. Pour les grands anniversaires de Dien Bien Phu, en 1994 et 2004, Giap refera toutefois des apparitions remarquées aux côtés des dirigeants. Et la célébration de ses 100 ans lui aura aussi valu une pluie d’hommages, les plus hauts dirigeants vietnamiens lui rendant visite à l’hôpital militaire où il était soigné depuis trois ans.

Même très affaibli, on lui aura aussi, épisodiquement, attribué des lettres dénonçant le fléau de la corruption ou des projets industriels, avec intérêts chinois, jugés dangereux pour la sécurité du pays. En 2006, il avait ainsi écrit que le Parti communiste «était devenu un bouclier pour les responsables corrompus». En 2009, il avait publié une lettre ouverte joignant sa voix aux critiques contre un projet gouvernemental très controversé d’exploitation de la bauxite dans les hauts plateaux du centre du pays.

Il laisse derrière lui sa deuxième femme, Dang Bich Ha, et quatre enfants. Sa fille aînée, née de son premier mariage, est décédée en 2009.
AFP

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Vietnam independence hero General Giap dead at 102
AFP – Fri, Oct 4, 2013

AFP/Hoang Dinh Nam – Vietnam’s legendary general Vo Nguyen Giap waves to visitors in Hanoi on July 10, 2008.

Vietnam’s legendary General Vo Nguyen Giap, whose guerrilla tactics defeated the French and American armies, died Friday at the age of 102, prompting an outpouring of tributes for the independence hero.

« I can confirm that General Giap died at 6:08 pm (1108 GMT) today, » a government source told AFP on condition of anonymity.

A military source confirmed the time of Giap’s death at Hanoi’s 108 military hospital, where he had been living for the last three years. He died surrounded by his family.

State-run online newspaper VNExpress said his body has been moved from the special care zone to the morgue at the hospital with a guard of honour to pay respect.

« Gen. Vo Nguyen Giap has passed away – brilliant military strategist who once told me that we were an ‘honorable enemy’, » former US Republican presidential candidate John McCain, a former navy pilot who was shot down and famously held as a prisoner of war in Vietnam, tweeted.

Giap, second only to late revolutionary leader Ho Chi Minh as modern Vietnam’s most revered figure, was the founding father of the Vietnam People’s Army, whose guerrilla tactics inspired anti-colonial fighters worldwide.

« He’s a mythic, heroic figure for Vietnam, » said Carl Thayer, an Australia-based scholar of the country.

Vietnamese Internet users immediately began paying tribute to the general, who remained hugely popular in Vietnam despite being relegated to the political sidelines after the war.
« Rest In Peace the hero of the people. You will always be our greatest general, » one wrote, in a posting typical of the outpouring of grief which erupted online as news of his death emerged.
Another Facebook commentator called for a day of national mourning. « (Giap) contributed lots to our Vietnamese nation, » Thanh Trang Le wrote.

Giap, born on August 25, 1911 into a well-off peasant family, was a self-taught soldier whose only military lesson came from an old encyclopaedia entry describing the mechanism of hand grenades.

He went on to secure victory over the French in 1954 at Dien Bien Phu, the battle that ended Paris’ rule in Indochina and precipitated nearly two decades of US involvement in Vietnam.
« General Vo Nguyen Giap is one of the most talented military strategists and most famous generals, not just in Vietnam, but in world military history, » Vietnamese historian Phan Huy Le told AFP.

His greatest triumph will always be the Dien Bien Phu victory, based on an astounding logistical feat by his Viet Minh fighters, who surprised the French by hauling their artillery into surrounding jungle hills from where they pounded enemy positions below.

« It was the spark that lit the powder keg for the empire. Less than six months after Dien Bien Phu, the Algerian war (for independence) began with the All Saints Day attacks. Dien Bien Phu was effectively where it all started, » said French historian Hugues Tertrais.

For two decades after Dien Bien Phu, Giap, a former history teacher who was fluent in French, continued to command his forces as they battled American troops and their surrogate regime in South Vietnam until final victory on April 30, 1975.

The fall of Saigon fuelled his near mythical status overseas as a master strategist and inspired liberation movements everywhere.

But Giap’s success on the battlefield had earned him some powerful enemies at home — including party chief Le Duan — and after the war, in 1980, Giap lost his post as defence minister.

He was eased out of the Politburo in 1982 and left politics officially in 1991.
Yet he continued to speak out until well into his 90s about sensitive issues such as corruption and bauxite mining, and his popularity, particularly among the young, remained undiminished.
He is survived by Dang Bich Ha, his wife since 1949, and four children.

Martyr de la Nation par Rashid SHERIF

De par les circonstances de son vil assassinat demeuré irrésolu et impuni à ce jour, Choukri Belaïd est devenu Martyr de la Nation.

Par son caractère politique, cet assassinat entache gravement la responsabilité morale et politique du gouvernement provisoire dominé par les islamistes d’Enahdha qui aura sciemment failli à protéger la vie d’un prestigieux citoyen, figure marquante de la vie sociale et politique du pays.

Humble fils du peuple et passionnément attaché à la cause de ses droits et libertés, Choukri vécut et survivra par la force de ses idées incarnées. Il aura par-delà le sacrifice de sa vie vaincu les commanditaires de ce crime et l’ensemble des ennemis du peuple du dedans et du dehors. Eternellement vivant, il demeure parmi nous dans la familiarité d’un être cher, Choukri, tout simplement.

L’impact initial de ce véritable tremblement de terre par le brutal assassinat, un grand choc émotionnel induit, une agression majeure contre le peuple, a provoqué non seulement la chute du gouvernement provisoire de Hamadi Jbali, mais encore a sonné le glas de la grande faillite du pouvoir temporaire du mouvement Enahdha et dans la foulée le prétendu « Islam politique modéré », en cette difficile période de transition entre une république d’un demi-siècle d’oppression et la suivante dont la naissance est en passe d’avorter.

Insoumis face à l’oppression, aux ennemis de l’espoir, rebelle doté d’une sensibilité et un sens aigu du devoir pour atténuer ou mieux encore contribuer à libérer notre peuple de ses grandes souffrances séculaires, Choukri avait de son vivant déjà atteint une dimension nationale par la force de ses idées et l’audace de sa geste politique.

Choukri, Homme Libre par Rashid SHERIF

“El que brilla con luz propia
Nadie lo puede apagar
Y su brillo puede alcanzar
La orilla de otras riberas”.
José Martí
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Ho Chi Minh, Lumumba, El Che Guevara: un même combat tricontinental à la suite des indépendances formelles qui doivent nécessairement se transformer en indépendance véritable et en souveraineté nationale.

José Marti à la tête des patriotes Mambis à Cuba à la fin du XIXème siècle se charge de baliser la voie à Fidel. Plus près de nous, Chavez reprend le flambeau des indépendantistes des mains de Simon Bolivar. Il s’agit d’une chaine héroïque continue de la lutte de libération.

Lorsque nous entonnons en cœur l’hymne national, nous évoquons la même lutte des peuples qui osent briser leurs chaines même au prix du sacrifice de la vie des braves, un vers glorieux d’Abul Kacem EChâbi particulièrement prisé avec vigueur et enthousiasme par Choukri Belaïd.

Le rythme poétique de José Martí ici en exergue nous parle de l’Etre qui brille d’une lumière vive propre, capable d’atteindre des rivages lointains. Les héros des peuples du Grand Sud d’un continent à l’autre fertilisent la terre des ancêtres de leur sueur et leur sang, une génération à la suite de l’autre jusqu’à la réalisation du but final pour lequel ils seront morts plus d’une fois, ressuscitant à chaque fois tel l’oiseau phœnix -comme l’évoque la fameuse Seconde Déclaration de La Havane cristallisée à jamais par la belle et incantatoire voix du Che à la tribune des Nations Unies. Au-delà de la culture de la désespérance insufflée par les ennemis des peuples, cela s’appelle l’espoir par la lutte.

Evoquer ces exemples lumineux de combattants anticolonialistes et anti-impérialistes, César Sandino et Amilcar Cabral en furent héros et martyrs, c’est dialoguer avec eux en permanence dans leur présence infinie, par leur exemple impérissable d’êtres charnels et esprits libres précurseurs de nos victoires.

Lorsque l’Oncle Ho à Hanoi sous les bombes déversées par l’aviation des USA en pleine guerre imposée par l’ennemi le plus acharné contre l’humanité, annonce confiant à ses compatriotes la reconstruction prochaine d’un Vietnam encore plus merveilleux, leur disant : « Rien n’est plus précieux que l’indépendance et la liberté ».

Lorsque depuis le Palais de la Moneda à Santiago du Chili, sous les bombes des putschistes de la CIA, le Président Allende annonce par ses derniers mots d’une voix vibrante le jour prochain où sur le grand boulevard marchera un Etre libre: l’un et l’autre, d’un continent à l’autre, nous parlent du même espoir qui nait, se construit, se réalimente et se poursuit indéfiniment dans sa fécondité générationnelle par la lutte des peuples.

Choukri s’inscrit dans cette lignée des braves. Dans sa touchante humilité, il ne pouvait entrevoir un tel destin. Il nous a légué en relai un vaste chantier dont il avait lui-même assumé l’ampleur, par les moyens et les fins d’une Humanité debout en lutte permanente qui dit « Basta ! » à travers sa marche glorieuse de géant pour atteindre sa véritable et définitive libération.

Eduardo Galeano: ¿Qué tal si deliramos por un ratito?

La muerte y el dinero perderán sus mágicos poderes y ni por defunción ni por fortuna se convertirá el canalla en virtuoso caballero

Voy a leer unas palabritas que tienen que ver con el derecho de soñar, con el derecho al delirio, a partir de algo que me ocurrió en Cartagena de Indias, hace ya algún tiempo, cuando estaba en la universidad, dando una charla, junto con un gran amigo, un director de cine argentino, Fernando Birri, y entonces los muchachos, los estudiantes hacían preguntas, a veces a mí, a veces a él, y le tocó a él la más difícil de todas.

Un estudiante se levantó y preguntó: «¿Para qué sirve la utopía? », yo lo miré con lástima y digo: «¡Uy!, ¡qué lío, ahora!», y él contestó estupendamente, de la mejor manera. Dijo que la utopía está en el horizonte, y dijo: «Yo sé muy bien que nunca la alcanzaré, que si yo camino diez pasos, ella se alejará diez pasos. Cuanto… cuanto más la busque menos la encontraré, porque ella se va alejando a medida que yo me acerco». Buena pregunta, ¿no?, ¿para qué sirve? Pues la utopía sirve para eso: para caminar.

TRANSCRIPCIÓN DE LA LECTURA DE EDUARDO GALEANO:

¿Qué tal si deliramos por un ratito?
¿Qué tal si clavamos los ojos más allá de la infamia para adivinar otro mundo posible?
El aire estará limpio de todo veneno que no provenga de los miedos humanos y de las humanas pasiones.

En las calles los automóviles serán aplastados por los perros.
La gente no será manejada por el automóvil, ni será programada por el ordenador, ni será comprada por el supermercado, ni será tampoco mirada por el televisor.
El televisor dejará de ser el miembro más importante de la familia y será tratado como la plancha o el lavarropas.

Se incorporará a los códigos penales el delito de estupidez que cometen quienes viven por tener o por ganar, en vez de vivir por vivir no más, como canta el pájaro sin saber que canta y como juega el niño sin saber que juega.

En ningún país irán presos los muchachos que se nieguen a cumplir el servicio militar sino los que quieran cumplirlo.

Nadie vivirá para trabajar pero todos trabajaremos para vivir.

Los economistas no llamarán nivel de vida al nivel de consumo, ni llamarán calidad de vida a la cantidad de cosas.

Los cocineros no creerán que a las langostas les encanta que las hiervan vivas.
Los historiadores no creerán que a los países les encanta ser invadidos.
Los políticos no creerán que a los pobres les encanta comer promesas.
La solemnidad se dejará de creer que es una virtud, y nadie nadie tomará en serio a nadie que no sea capaz de tomarse el pelo.

La muerte y el dinero perderán sus mágicos poderes y ni por defunción ni por fortuna se convertirá el canalla en virtuoso caballero.

La comida no será una mercancía ni la comunicación un negocio, porque la comida y la comunicación son derechos humanos.
Nadie morirá de hambre porque nadie morirá de indigestión.
Los niños de la calle no serán tratados como si fueran basura porque no habrá niños de la calle.

Los niños ricos no serán tratados como si fueran dinero porque no habrá niños ricos.
La educación no será el privilegio de quienes puedan pagarla y la policía no será la maldición de quienes no puedan comprarla.

La justicia y la libertad, hermanas siamesas, condenadas a vivir separadas, volverán a juntarse, bien pegaditas, espalda contra espalda.

En Argentina las locas de Plaza de Mayo serán un ejemplo de salud mental porque ellas se negaron a olvidar en los tiempos de la amnesia obligatoria.

La Santa Madre Iglesia corregirá algunas erratas de las tablas de Moisés y el sexto mandamiento ordenará festejar el cuerpo.

La Iglesia también dictará otro mandamiento que se le había olvidado a Dios, “amarás a la Naturaleza de la que formas parte”.

Serán reforestados los desiertos del mundo y los desiertos del alma.
Los desesperados serán esperados y los perdidos serán encontrados porque ellos se desesperaron de tanto esperar y ellos se perdieron por tanto buscar.

Seremos compatriotas y contemporáneos de todos los que tengan voluntad de belleza y voluntad de justicia, hayan nacido cuando hayan nacido y hayan vivido donde hayan vivido, sin que importe ni un poquito las fronteras del mapa ni del tiempo.

Seremos imperfectos porque la perfección seguirá siendo el aburrido privilegio de los dioses.
Pero en este mundo, en este mundo chambón y jodido seremos capaces de vivir cada día como si fuera el primero y cada noche como si fuera la última.

Vídio http://youtu.be/Ye499JdnsBM

« No debemos crear asalariados dóciles al pensamiento oficial ni «becarios» que vivan al amparo del presupuesto, ejerciendo una libertad entre comillas. Ya vendrán los revolucionarios que entonen el canto del hombre nuevo con la auténtica voz del pueblo. Es un proceso que requiere tiempo. »

Ernesto « Che » Guevara, El Socialismo
y el hombre en Cuba 1965)