Terroriste au Jebel Châmbi

Le bilan des affrontements avec des éléments jihadistes à Jebel Châmbi traduit un affaiblissement de l’Etat tunisien, face à la multiplication des groupes extrémistes servant des agendas extérieurs.
Par Seif Ben Kheder*

Les événements de Jebel Châmbi ne peuvent plus passer dans la rubrique «faits divers majeurs» comme nous incite à le faire son excellence le chef du non gouvernement dans son point de presse donné après avoir comptabilisé notre douzième de blessés dans cette très douloureuse attaque terroriste sur notre sol.

En y regardant de près, pas trop près d’ailleurs car on a déjà le vertige, les faits nous révèlent des vérités bien plus graves qu’une simple défaillance technique ou d’un quelconque manquement de réactivité ou de coordination. Nous avons désormais affaire à un Etat déstructuré à plusieurs niveaux et qui serait probablement entré en phase terminale et sur le point de céder son territoire et ce que lui reste de souveraineté.
Vous diriez peut être que ces propos sont exagérés. Il se peut. Mais je vous invite quand même à voir ce qu’il convient de voir de ces événements.

Du côté du commando terroriste
– A partir d’un premier bilan relevant la quantité des mines implantées et leurs aspects, nous pouvons facilement déduire l’importante logistique dont les membres du groupe ont pu bénéficier pour le transport d’une quantité de mines, vu leurs poids et volumes qui diffèrent d’une mine anti-personnelle et autre anti char (les deux ont été distinguées), ainsi que le nombre important de combattants nécessaire pour la totalité de la mission et que l’on peut estimer, à l’heure actuelle, à plus d’une dizaine.

– Le temps que cela a pris pour faire déplacer ces mines et à les enterrer dans le sol est assez considérable pour qu’il dévoile une absence totale de rondes de surveillance qu’elles soient terrestre ou aérienne, alors qu’un groupe de gardes champêtres aurait suffi pour faire le boulot. A moins que l’on ait fermé les yeux : on n’oserait même pas songer à une telle éventualité.

– En même temps, ceci nous met face à une évidence indiscutable, le fait que ce commando a bénéficié d’un travail de repérage pour l’emplacement du campement qui serait établi par une autre cellule locale qui ne participerait pas forcément aux opérations armées programmées pour la suite, puisqu’elle serait, éventuellement, amenée à assurer l’approvisionnement en nourriture et autres besoins vitaux, depuis les agglomérations proches.

– Il est à noter aussi que les types de mines antichars choisis par ce commando en disent long sur sa nouvelle stratégie, dépassant largement les activités de trafic d’armes, devenues banales et presque sans intérêt, pour inscrire directement la Tunisie comme cible militaire, visant à détruire ce qui reste de ses structures en se préparant même à une contre-offensive de ses corps armées qui useraient de ses armes lourdes. Le message est on ne peut plus clair: le terrorisme ira jusqu’au bout et c’est le moment le plus opportun pour lui.

– Maintenant, si nous procédons à un recoupement avec les autres faits se rapportant au stockage d’armes légères et semi lourdes au cœur des grandes zones urbaines un peu partout dans le pays, nous comprendrions que d’autres opérations sont projetées en simultanée ou en relais dans ces zones afin de traîner les corps d’armée dans une guerre hémorragique et asymétrique, à l’avantage net des terroristes.

Du côté des médias et de la société civile
L’implication des différentes parties de la société civile dans une vague de blanchiment des terroristes, sans précédent dans l’histoire de la Tunisie, et de facto dans le blanchiment du terrorisme, s’est illustrée d’abord par la faiblesse des réactions condamnant l’apathie de l’organe de sécurité face au développement des groupes prêchant l’idéologie de la mort et les vertus des attentats suicides, aussi bien dans des lieux publics, privés et dans les mosquées, dont ils contrôlent, selon les chiffres du ministère de la foi, 40% du nombre total sur tout le territoire de la république.

D’autre part, l’absence de spécialisation dans le secteur de la sécurité nationale parmi les différentes organisations de la société civile, mise à part l’Association tunisienne des études stratégiques et des politiques de sécurité globale, a laissé le champ libre à l’indolence du gouvernement. Sans oublier, par ailleurs, l’immense responsabilité des médias locaux dans leur participation à cette vague de blanchiment, en octroyant à des disciples tunisiens de Ben Laden des espaces et des plateaux, dans lesquels ils versaient leurs venins en toute impunité et en toute complicité, volontaire ou involontaire, des chaînes concernées. Je rappelle à ce sujet une émission choquante, produite et diffusée par la chaîne publique Watania 2, faisant passer l’un des caïds de l’opération terroriste de Soliman (décembre 2006-janvier 2007) en victime héroïque du régime Zaba, valorisant au passage, ses braves tentatives d’évasion de la prison Erroumi, sans parler des autres plateaux invitant quelques échantillons de ces énergumènes, fraichement revenus de la Syrie, nous exposant avec fierté et sans complexe aucun leurs activités criminelles à l’échelle internationale. Plus hallucinant, tu te suicides !

Du côté de Carthage et de la Kasbah
Tout a commencé par une grâce des plus anarchiques des temps modernes dans les pays sous-développés comme le nôtre.

On a ratissé large pour traquer les terroristes dans toutes nos prisons et les chasser tous de ces établissements peu salubres à l’égard de leur santé morale. Ils étaient tous libérés !
Bref, dans cet exposé, il ne s’agit pas de revenir en arrière mais d’essayer au moins de mettre des bouts à cette histoire de fin de règne de la république tunisienne. Je reprends donc avec le régime en place pour évoquer l’accueil aussi curieux que chaleureux qui a été réservé aux guides spirituels et chefs idéologiques de ces mêmes assassins par le président de ce qu’on appelle encore Tunisie. Une rencontre parmi tant d’autres qui entre aussi dans le cadre d’élever le moral des troupes. Reste à savoir de quelles troupes parle-t-on? Les leurs ou les nôtres?! Et si on y rajoute sa dernière décision de proroger l’état d’urgence de manière unilatérale et inconsciente qui nous a coûté la démission de l’une des dernières compétences qui nous restent à la tête de la défense (l’ex-ministre de la Défense Abdelkerim Zbidi), je crois qu’il n’est plus déplacé de penser au déclin réel auquel nous sommes exposés.

Du côté du gouvernement, les signes de complicité et d’implications directes sont de taille. D’abord que font notre ambassade à Tripoli et notre consulat à Benghazi face aux filières organisant des voyages vers la Turquie pour des «Moujahidines» tunisiens en direction d’Alep. Le service des renseignements généraux auprès de ladite ambassade n’a rien communiqué non plus au sujet des quantités d’armes en provenance de la Libye et leurs types ainsi que sur les canaux suivis dans leurs parcours avant qu’elles ne parviennent à leurs dépôts destinés qui sont éparpillés dans tout le territoire.

Cette même défaillance de renseignement est encore frappante par rapport aux déplacements des groupes armés à travers nos frontières avec l’Algérie. Elle est aussi conjuguée par un défaut de coordination avec les autorités voisines et surtout une faillite totale au niveau des stratégies et tactiques de contre-offensive et d’intervention préventive.
Hélas, ce n’est pas tout. D’après les témoignages des pauvres soldats victimes de ces explosions, il s’avère que nos frontières sont délibérément désertées par les forces de police et de garde nationale, sous les ordres de je ne sais qui et que le ministre lui-même n’en connait l’origine. En plus du manque terrible d’équipement de base au point où l’un d’eux affirme qu’il s’est acheté de son propre argent sa tenue de combat. Que dire alors des armes spécifiques, des images satellites, des accessoires sophistiqués, des unités médicales mobiles et bien d’autres dispositions dont je ne saurais les citer toutes?

A ce menu hitchcockien, je vous ai réservé le volet juridique pour le dessert. En fait, aucune loi n’incrimine l’idéologie jihadiste ni sa propagande. Ce qui nous a permis d’assister à un débat à ciel ouvert, dans les rue de Kasserine, encore plus effrayant que le film de Jebel Chaambi, sur les bienfaits des mines, animé par une foule de jihadistes, sortis parmi les habitants du quartier Ennour, que je ne saurais qualifier de populaire pour ne pas faire d’amalgame incitant à conclure que terrorisme et pauvreté aillent de pair.

Un Etat en décomposition
A la fin, comment ne pas accuser le régime en place de complicité surtout quand on remet ces événements dans un cadre géopolitique régional où certaines parties conspirent contre le pouvoir algérien, s’appuyant justement sur ces groupes armés dans les zones frontalières et au moment où un déploiement militaire US suspect vient de poser ses valises sur une base en Espagne, prêt à intervenir éventuellement et rapidement au Mali, en Libye ou peut-être en Algérie vu l’état du régime, qualifié de fragile, à l’image de l’état de santé de son président !
Dans tous les cas de figures, l’Etat tunisien se fracture et s’affaiblit, alors que les groupes, jihadistes et autres, telles que les Ligues de protection de la révolution (LPR), des milices proches du parti Ennahdha, se multiplient.

* Coach en techniques de communication verbale et gestuelle.
Source : Kapitalis

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