Nuclear Irani (3 partes + bibliografia)

Serie de 3 articulos publicados por :
Nouvelle publication sur ITRI : Institut Tunisien des Relations Internationales
http://tunisitri.wordpress.com/2012/09/04/qui-a-peur-de-lhomme-perse/
Qui a peur de l’Homme perse? Déconstruction de la psychose autour du nucléaire iranien [Partie 1]
http://www.jetdencre.ch/?p=683
19 août 2012 , par Tristan Irschlinger & Victor Santos Rodriguez { + }


© AFP — Majid Saeedi
PARTIE 1 : INTRODUCTION
“Dans le monde d’aujourd’hui, nul péril n’est plus grand que la pers¬pec¬tive des aya¬tol-lahs à Téhé¬ran en pos¬ses¬sion de l’arme nucléaire […] Je m’engage auprès de vous, et de tous les Amé¬ri¬cains, si je deviens com¬man¬dant en chef des armées, à faire usage de tous les moyens qui s’avéreront néces¬saires à notre pro¬tec¬tion et celle de la région, et à empê¬cher que le pire n’advienne tant qu’il en est encore temps.”1 Ces pro¬pos alar-mistes, récem¬ment pro¬non¬cés par le can¬di¬dat répu¬bli¬cain Mitt Rom¬ney dans la cadre de la course à la pré¬si¬dence amé¬ri¬caine, sont le reflet d’une posi¬tion lar¬ge¬ment par¬ta¬gée par une plé¬thore de poli¬ti¬ciens et ana¬lystes occi¬den¬taux, dont les médias se font volon-tiers le relais. L’Iran est ainsi dépeint comme le Mal incarné, auquel l’urgence com¬man-de¬rait d’opposer tous les moyens afin de l’empêcher de se doter de l’arme atomique.
Mal¬heu¬reu¬se¬ment, dans ce psy¬cho¬drame qui se joue actuel¬le¬ment sur la scène mon¬diale au sujet du nucléaire ira¬nien, nombre d’éléments nous sont com¬mu¬né¬ment pré¬sen¬tés comme des faits établis, mais méri¬te¬raient néan¬moins d’être nuan¬cés, voire fon¬ciè¬re-ment remis en ques¬tion. Il est alors regret¬table de consta¬ter que rares sont les voix dis-so¬nantes cher¬chant à se dis¬tan¬cer de cette ana¬lyse ban¬cale. Le débat public s’en trouve ainsi pro¬fon¬dé¬ment biaisé et le citoyen lambda bien desservi.
Il y a dans cette affaire comme un arrière-goût d’Irak. En effet, à bien des égards, cet alar¬misme ambiant autour d’hypothétiques armes de des¬truc¬tion mas¬sive nous rap¬pelle étran¬ge¬ment la manière dont l’administration Bush — pous¬sée par les lob¬bies et géné-reu¬se¬ment ser¬vie par le manque d’esprit cri¬tique des médias — avait jus¬ti¬fié l’invasion du pays du Tigre et de l’Euphrate et le ren¬ver¬se¬ment de Sad¬dam Hus¬sein. Le fait de pré¬sen¬ter le régime d’Ahmadinejad comme dic¬ta¬to¬rial, fana¬tique, et fon¬da¬men¬ta¬le¬ment dan¬ge¬reux pour la sta¬bi¬lité régio¬nale, voire mon¬diale, vient ali¬men¬ter cette impres¬sion de déjà-vu, et ce d’autant plus que l’option mili¬taire semble de plus en plus sérieu¬se-ment envisagée.
Alors que les troupes amé¬ri¬caines viennent tout juste d’achever leur pénible retrait du bour¬bier ira¬kien, après quasi dix ans d’une guerre dévas¬ta¬trice, nul moment ne serait meilleur que le pré¬sent pour s’interroger sur les leçons à tirer de cette inter¬ven¬tion. Si l’heure est effec¬ti¬ve¬ment à l’urgence, c’est celle de remettre en ques¬tion le bien fondé de cette psy¬chose autour de l’uranium ira¬nien, avant de repro¬duire les erreurs ayant conduit à l’invasion de l’Irak en 2003. Tou¬te¬fois, la tâche s’annonce ardue, tant l’Iran fait l’unanimité contre lui au sein du giron occi¬den¬tal, et à cause de l’importance cru-ciale d’Israël et ses sou¬tiens dans cette pro¬blé¬ma¬tique, élément qui vient encore com¬pli-quer les termes de l’équation.
Mal¬gré la dif¬fi¬culté d’un tel défi, nous nous éver¬tue¬rons à le rele¬ver à tra¬vers une saga, qui se décli¬nera en une demi-douzaine d’épisodes. Aussi, dans une pers¬pec¬tive qui se veut non occidentalo-centrée, notre des¬sein sera d’opérer une décons¬truc¬tion ana¬ly-tique de cette hys¬té¬rie rela¬tive au nucléaire ira¬nien. Chaque dimanche, les lec¬teurs qui nous feront l’honneur de nous accom¬pa¬gner dans cette entre¬prise pour¬ront retrou¬ver un nou¬vel épisode sur jetdencre.ch.
PARTIE 2 : http://www.jetdencre.ch/?p=754
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1 “There is no grea¬ter dan¬ger in the world today than the pros¬pect of the aya¬tol¬lahs in Teh¬ran pos¬ses¬sing nuclear wea¬pons capa¬bi¬lity. […] I pledge to you and to all Ame¬ri-cans that if I become commander-in-chief, I will use every means neces¬sary to pro¬tect our¬selves and the region, and to prevent the worst from hap¬pe¬ning while there is still time.” Dis¬cours de Mitt Rom¬ney, Remarks at the Natio¬nal Conven¬tion of the Vete¬rans of Foreign Wars, Nevada, 24 juillet 2012.

Segunda parte
Qui a peur de l’Homme perse? Déconstruction de la psychose autour du nucléaire iranien [PARTIE 2]
26 août 2012 , par Tristan Irschlinger & Victor Santos Rodriguez { + }

• PARTIE 1 : http://www.jetdencre.ch/?p=683

© http://www.president.ir
PARTIE 2 : RÉTABLIR UNE CERTAINE VÉRITÉ
Lorsqu’on aborde une thé¬ma¬tique aussi sen¬sible que celle du nucléaire ira¬nien, les pas-sions sont inévi¬ta¬ble¬ment très vite atti¬sées, d’où la néces¬sité abso¬lue de dis¬tin¬guer les faits de la pure spé¬cu¬la¬tion. Par souci d’honnêteté intel¬lec¬tuelle, il paraît dès lors fon-da¬men¬tal de mettre à plat ce que l’on sait, mais aussi et sur¬tout d’admettre ce que l’on ne sait point au sujet du pro¬gramme nucléaire ira¬nien, avant de se lan¬cer dans toute réflexion appro¬fon¬die. Un bref tour d’horizon révèle aus¬si¬tôt que cer¬tains éléments cru-ciaux sont sou¬vent défor¬més, inven¬tés ou alors tout sim¬ple¬ment occul¬tés par la mémoire sélec¬tive de cer¬tains chantres d’une poli¬tique dure vis-à-vis de l’atome perse. C’est pour¬quoi nous sou¬hai¬tons bros¬ser ici un pano¬rama objec¬tif, bien qu’inévitablement non exhaus¬tif, per¬met¬tant de construire une ana¬lyse exempte de préjugés.

L’histoire mécon¬nue de l’atome perse
D’un point de vue his¬to¬rique tout d’abord, cer¬tains éléments méritent d’être rap¬pe¬lés. Le pro¬gramme nucléaire fut amorcé par le Shah d’Iran dans les années 1950 déjà, dans un but de moder¬ni¬sa¬tion et de pro¬grès. A l’époque, dire que peu de voix s’élevaient en Occi¬dent pour s’indigner de ce pro¬jet relève de l’euphémisme.1 En effet, c’est avec l’aide directe des États-Unis, alors alliés de l’Iran, puis de cer¬tains États euro¬péens, que ce pro¬gramme put voir le jour. Cer¬tains néon¬con¬ser¬va¬teurs, dont les tris¬te¬ment célèbres Dick Che¬ney, Donald Rum¬sfeld et Paul Wol¬fo¬witz, en étaient d’ailleurs de fer¬vents pro¬mo¬teurs.2 Après la révo¬lu¬tion ira¬nienne de 1979 et l’avènement du régime isla¬miste, le nucléaire ira¬nien connut un coup d’arrêt. C’est l’ayatollah Kho¬meiny lui-même qui, pour des rai¬sons d’ordre reli¬gieux, inter¬rom¬pit la construc¬tion des cen¬trales et pro¬hiba la pour¬suite de toute acti¬vité nucléaire en terre ira¬nienne.3
Ce n’est que pen¬dant la guerre contre l’Irak (1980−1988) que l’Iran ini¬tia la reprise de son pro¬gramme. Une fois l’orage de la guerre passé, le gou¬ver¬ne¬ment ira¬nien, mu par un cer¬tain prag¬ma¬tisme, décida de ne pas aban¬don¬ner des inves¬tis¬se¬ments gar¬gan-tuesques en l’état et de ter¬mi¬ner la réa¬li¬sa¬tion des infra¬struc¬tures nucléaires déjà enta-mées.4 Bien qu’on puisse légi¬ti¬me¬ment conce¬voir qu’à l’époque les moti¬va¬tions ira-niennes incluaient pro¬ba¬ble¬ment des consi¬dé¬ra¬tions mili¬taires défen¬sives, notam¬ment après l’attaque à l’arme chi¬mique par l’Irak,5 on constate aisé¬ment qu’on se situe très loin de la vision mani¬chéenne d’un régime fana¬tique cher¬chant à tout prix à se doter de l’arme ato¬mique dans un but bel¬li¬queux. C’est à par¬tir de cette relance du pro¬gramme nucléaire qu’une regret¬table conjonc¬tion d’erreurs, com¬mises tant par des Occi¬den¬taux arro¬gants que par des Ira¬niens peu trans¬pa¬rents, condui¬sit à la périlleuse crise actuelle.6

Une situa¬tion incertaine
Mais alors, qu’en est-il aujourd’hui? Avant tout, un point doit impé¬ra¬ti¬ve¬ment être éclairci. Contrai¬re¬ment à ce que laissent entendre cer¬tains faus¬saires, il n’y a actuel¬le-ment aucune preuve tan¬gible que l’Iran pour¬suive un pro¬gramme nucléaire de nature mili¬taire.7 En effet, l’ensemble des ser¬vices de ren¬sei¬gne¬ment amé¬ri¬cains, dont la CIA, le FBI et le ren¬sei¬gne¬ment mili¬taire, ont conclu avec un “haut degré de cer¬ti¬tude”, dans deux rap¬ports (Natio¬nal Intel¬li¬gence Esti¬mates) publiés en 2007 et 2011, que l’Iran n’avait pas de pro¬gramme d’armement nucléaire actif. Les ser¬vices secrets israé¬liens seraient égale¬ment par¬ve¬nus à la même conclu¬sion.8
Si cer¬tains éléments accré¬ditent la thèse selon laquelle le régime ira¬nien aurait tra¬vaillé à la mise au point de l’arme ato¬mique avant 2003, même l’Agence inter¬na¬tio¬nale de l’énergie ato¬mique (AIEA), de plus en plus cri¬tique vis-à-vis du régime des mol¬lahs, s’est bien gar¬dée de conclure à l’existence d’un tel pro¬gramme.9 Mal¬gré ce manque de preuve criant, cer¬tains “experts” se sont depuis long¬temps lan¬cés dans une cam¬pagne mas¬sive de dés¬in¬for¬ma¬tion, nous pré¬di¬sant depuis une dizaine d’années que l’Iran est à quelques mois de pos¬sé¬der la bombe ato¬mique. A force de mena¬cer Téhé¬ran, peut-être arriveront-ils à réa¬li¬ser leur pro¬phé¬tie cette année…
Du coté ira¬nien, on conteste fer¬me¬ment le fait que le pro¬gramme nucléaire com¬prenne une quel¬conque dimen¬sion mili¬taire. Les diri¬geants perses se pré¬valent de l’article 4 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) dont l’Iran est signa¬taire, qui leur garan¬tit le “droit inalié¬nable […] de déve¬lop¬per la recherche, la pro¬duc¬tion et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins paci¬fiques”.10 La dimen¬sion non-belliqueuse du pro¬gramme ira¬nien semble d’ailleurs cor¬ro¬bo¬rée par la prise de posi¬tion offi¬cielle du Guide suprême, l’ayatollah Kha¬me¬nei, contre l’arme ato¬mique qu’il juge contraire à l’Islam.11 Cette pos¬ture, cohé¬rente avec celle ini¬tia¬le¬ment main¬te¬nue par l’ayatollah Kho¬meiny, est d’autant plus impor¬tante qu’il est le déci¬deur clé en charge de la poli¬tique de sécu¬rité du pays, et que ses fat¬was ont pour beau¬coup une valeur contrai¬gnante.12 Nul ne sait si ceci relève de la mani¬pu¬la¬tion, mais il est cer¬tain que jouer avec la foi des croyants pour¬rait s’avérer très dan¬ge¬reux pour un régime dont la légi¬ti¬mité repose lar¬ge¬ment sur la reli¬gion.13
Ceci dit, le Traité de non-prolifération spé¬ci¬fie égale¬ment dans son article 2 que les États par¬ties au traité s’engagent à ne pas fabri¬quer la bombe ato¬mique ou à se la pro-cu¬rer de toute autre manière.14 Or, et c’est là où le bât blesse, les acti¬vi¬tés nucléaires ira¬niennes ne sont pas tota¬le¬ment jus¬ti¬fiables d’un point de vue civil. C’est la rai¬son pour laquelle la Répu¬blique isla¬mique d’Iran éveille nombre de soup¬çons. Comme l’explique bien Olli Hei¬no¬nen, ex-chef des ins¬pec¬teurs inter¬na¬tio¬naux de l’AIEA, consi¬déré comme l’un des meilleurs spé¬cia¬listes du nucléaire ira¬nien, la quan¬tité d’uranium enri¬chi à 20% par l’Iran “dépasse ses besoin civils”.15 De sur¬croît, les sus¬pi-cions prennent une tour¬nure d’autant plus dra¬ma¬tique qu’enrichir de l’uranium à 20% consti¬tue 90% de l’effort d’enrichissement néces¬saire à obte¬nir de l’uranium uti¬li¬sable pour une bombe. Néan¬moins, construire une bombe nucléaire est un pro¬ces¬sus d’une extrême com¬plexité tech¬no¬lo¬gique, et on peut dou¬ter de la capa¬cité de l’Iran à mener à bien une telle entre¬prise à l’heure actuelle.

Vers une capa¬cité nucléaire virtuelle?
Comme le sou¬ligne Georges Le Guelte, direc¬teur de recherche et éminent spé¬cia¬liste des ques¬tions nucléaires, même si aucune preuve for¬melle que l’Iran cherche à déve¬lop-per la bombe ato¬mique n’existe à ce jour, il y a un fais¬ceau de pré¬somp¬tions conver-gentes mon¬trant que le nucléaire civil ne peut légi¬ti¬mer les acti¬vi¬tés ira¬niennes. Mais cela veut-il néces¬sai¬re¬ment dire que l’Iran s’est lancé dans une course effré¬née à l’arme nucléaire? Non, pas for¬cé¬ment. Une autre expli¬ca¬tion est, selon nous, plus plausible.
S’engager dans la fabri¬ca¬tion à pro¬pre¬ment par¬ler de la bombe ato¬mique s’avèrerait par¬ti¬cu¬liè¬re¬ment impru¬dent pour l’Iran, tant les risques encou¬rus en cas de fla¬grant délit seraient colos¬saux. En effet, Pas¬cal Boni¬face, direc¬teur de l’Institut de Rela¬tions Inter¬na¬tio¬nales et Stra¬té¬giques (IRIS), estime qu’en cas de décou¬verte de telles acti¬vi-tés, Téhé¬ran s’exposerait à une “frappe déca¬pi¬tante”.16 Il paraît donc plus pro¬bable que l’Iran cherche à se doter d’une capa¬cité nucléaire vir¬tuelle. Concrè¬te¬ment, il s’agirait en quelque sorte d’une option latente qui lui per¬met¬trait — tech¬no¬lo¬gi¬que¬ment et maté-riel¬le¬ment — de construire une bombe nucléaire rela¬ti¬ve¬ment vite si les diri¬geants ira-niens en déci¬daient ainsi. C’est d’ailleurs égale¬ment l’intuition de Ste¬phen Walt, pro-fes¬seur émérite de l’Université d’Harvard.17
En admet¬tant que tel soit le cas, serait-ce illé¬gal par rap¬port à la lettre et l’esprit du Traité de non-prolifération? Un débat fait rage à ce pro¬pos. Alors que Ahma¬di¬ne¬jad mar¬tèle le droit de l’Iran à enri¬chir l’uranium à 20%18 en vertu des règles inter¬na¬tio-nales, les Occi¬den¬taux, avec les États-Unis et Israël en tête de file, n’ont de cesse de répé¬ter que Téhé¬ran contre¬vient à ses obli¬ga¬tions. A priori, l’Iran a le droit d’enri¬chir l’uranium pour son pro¬gramme nucléaire civil19 et aucun taux pla¬fond d’enrichissement n’a été fixé.20 Tou¬te¬fois, ces acti¬vi¬tés devraient impé¬ra¬ti¬ve¬ment être réa¬li¬sées sous le contrôle stricte de l’AIEA,21 et c’est pré¬ci¬sé¬ment sur ce point que le régime ira¬nien a pro¬ba¬ble¬ment le plus à se repro¬cher, en rai¬son de son manque de transparence.
La semaine prochaine :
Quoiqu’il en soit en termes de léga¬lité, et quand bien même l’existence d’un pro-gramme nucléaire mili¬taire en Iran serait établie, il convien¬drait de s’interroger sur sa ratio¬na¬lité en termes géos¬tra¬té¬giques. C’est à cette ques¬tion que sera consa¬cré notre épisode de la semaine pro¬chaine. Nous ver¬rons qu’à moult égards, les diri¬geants ira-niens pour¬raient s’avérer bien plus ration¬nels que ce que s’imagine com¬mu¬né¬ment l’opinion publique.
PARTIE 3 : http://www.jetdencre.ch/?p=809
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1 VÉDRINE, Hubert, “Iran : com¬ment éviter d’avoir à choi¬sir entre la bombe et les bom¬bar¬de¬ments”, Telos, 28 sep¬tembre 2007. Dis¬po¬nible sur : http://www.telos-eu.com/fr/glo¬ba¬li¬sa¬tion/poli¬tique-inter¬na¬tio¬nale/iran-com¬ment-evi¬ter-davoir-a-choi¬sir-entre-la-bomb.html
2 HAAS, Ed, “U.S. endor¬sed Ira¬nian plans to build mas¬sive nuclear energy indus¬try : Che¬ney Rum¬sfeld & Wol¬fo¬witz behind Iran Nuclear Pro¬gram ini¬tia¬ted during Ford Admi¬nis¬tra¬tion”, Cen¬ter for Research on Glo¬ba¬li¬za¬tion, 6 mars 2006. Dis¬po¬nible sur : http://www.glo¬bal¬re¬search.ca/index.php?context=va&aid=2067
3 LE GUELTE, Georges, “La crise nucléaire ira¬nienne”, geopolitis.net, p. 6. Dis¬po¬nible sur : http://www.geo¬po¬li-tis.net/EUROPE%20EN%20FORMATION/La%20crise%20nucleaire%20ira-nienne.pdf
4 Le Guelte, Georges, op. cit. pp. 6–9.
5 Védrine, Hubert, op. cit.
6 Cf. pour plus de details : Le Guelte, op. cit.
7 LEUPP, Gary, ““The Stu¬pi¬dest Idea I Ever Heard” : The Irra¬tio¬na¬lity of the Case against Iran’s Nuclear Pro¬gram”, Counterpunch.org, 12 avril 2012. Dis¬po¬nible sur : http://www.coun¬ter¬punch.org/2012/04/12/the-irra¬tio¬na¬lity-of-the-case-against-irans-nuclear-pro¬gram/
WALT, Ste¬phen, “Top ten media fai¬lures in the Iran war debate”, Ste¬phen Walt’s blog (walt.foreignpolicy.com), 11 mars 2012, dis¬po¬nible sur : http://walt.forei¬gn¬po-licy.com/posts/2012/03/11/top_ten_media_fai¬lures_in_the_iran_war_debate
Le Guelte, op. cit. p. 9.
8 Leupp, Gary, op. cit.
9 COVILLE; Thierry, “La bombe nucléaire pour l’Iran : pas for¬cé¬ment si dan¬ge¬reux”, Atlan¬tico, 4 juillet 2004. Dis¬po¬nible sur : http://www.atlan¬tico.fr/decryp¬tage/bombe-nucleaire-pour-iran-pas-for¬ce¬ment-dan¬ge¬reux-thierry-coville–409010.html
Walt, Ste¬phen, op. cit.
10 Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), Article 4
11 Walt, Ste¬phen, op. cit.
12 COLE, Juan, “Yes, MEMRI, there is a Fatwa from Kha¬me¬nei for¬bid¬ding Nukes”, Infor¬med Com¬ment (juancole.com), 22 avril 2012, Dis¬po¬nible sur : http://www.juan-cole.com/2012/04/yes-memri-there-is-a-fatwa-from-kha¬me¬nei-for¬bid¬ding-nukes.html
COLE, Juan, “Iran’s For¬bid¬den Nukes and the Taqiya Lie”, Infor¬med Com¬ment (juancole.com), 16 avril 2012. Dis¬po¬nible sur : http://www.juan¬cole.com/2012/04/irans-for¬bid¬den-nukes-and-the-taqiya-lie.html
13 Walt, Ste¬phen, op. cit.
14 TNP, Article 2
15 HEINONEN, Olli, “The 20 percent solu¬tion”, Foreign Policy, 12 jan¬vier 2012, Dis-po¬nible sur : http://www.forei¬gn¬po¬licy.com/articles/2012/01/11/the_20_percent_solu-tion
16 Inter¬view de Pas¬cal Boni¬face par Henri Guir¬choun et Jean-Baptiste Nau¬det, “Faut-il avoir peur de la bombe ira¬nienne ?”, Le Nou¬vel Obser¬va¬teur, 18 juin 2009.
17 Walt, Ste¬phen, op. cit.
18 “Iran: enri¬chir de l’uranium à 20% est un “droit”, selon Ahma¬di¬ne¬jad”, L’Express, 30 mai 2012. Dis¬po¬nible sur http://www.lex¬press.fr/actua¬lite/monde/proche-orient/iran-enri¬chir-de-l-ura¬nium-a–20–est-un-droit-selon-ahma¬di¬ne¬jad_1120652.html
19 COTTA-RAMUSINO, Paolo, HASSNER, Pierre et NORLAIN, Ber¬nard, “Nuclaire ira¬nien : toute attaque pré¬ven¬tive serait une erreur fatale”, Le Monde, 18 avril 2012. Dis¬po¬nible sur : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/18/nucleaire-ira¬nien-toute-attaque-pre¬ven¬tive-serait-une-erreur-fatale_1687114_3232.html
20 Inter¬view Olli Hei¬no¬nen par Luis Lema, “Où en est l’enrichissement d’uranium?”, Le Temps, 4 mai 2012. Dis¬po¬nible sur : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2c8c7a72–955f–11e1–ae85–1bcf5ec975f8%7C0
21 Ibid.
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Tercera parte (final)
Qui a peur de l’Homme perse? Déconstruction de la psychose autour du nucléaire iranien [PARTIE 3]
2 septembre 2012 , par Tristan Irschlinger & Victor Santos Rodriguez { + }

• PARTIE 1 : http://www.jetdencre.ch/?p=683
PARTIE 2 : http://www.jetdencre.ch/?p=754

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PARTIE 3 : NON-ALIGNÉ MAIS PAS FOU À LIER
Com¬bien de fois n’a-t-on pas entendu dire que les diri¬geants ira¬niens, avec comme figure de proue le machia¬vé¬lique Ahma¬di¬ne¬jad, sont des idéo¬logues fana¬tiques et irra-tion¬nels? Aveu¬glés par un anti¬sé¬mi¬tisme vis¬cé¬ral, ils sacri¬fie¬raient volon¬tiers des mil-lions d’Iraniens dans le simple but de “rayer Israël de la carte”. De même, obnu¬bi¬lés par un anti-américanisme pri¬maire, nul ne sait à quoi ils seraient prêts dans leur com¬bat idéo¬lo¬gique contre le “Grand Satan”. De telles asser¬tions sont aujourd’hui mon¬naie cou¬rante, aussi bien dans les médias que dans le dis¬cours des poli¬ti¬ciens occi¬den¬taux, se pro¬pa¬geant ainsi dans l’opinion publique. Alors, qu’en est-il réel¬le¬ment? Les Ira-niens, fous? Pas si sûr… En effet, rien ne porte à croire que les diri¬geants ira¬niens soient moins rai¬son¬nés que leurs homo¬logues occi¬den¬taux. On peut ne pas par¬ta¬ger les valeurs et l’idéologie des diri¬geants en poste à Téhé¬ran. Mais dire qu’ils sont irra¬tion-nels, c’est une autre histoire…

Sanc¬tua¬ri¬ser un ter¬ri¬toire menacé
Les inquié¬tudes évoquées se cris¬tal¬lisent imman¬qua¬ble¬ment autour de la ques¬tion du nucléaire ira¬nien. D’aucuns s’interrogent sur les moti¬va¬tions pro¬fondes du pro¬gramme ira¬nien, crai¬gnant que ses visées soient de nature bel¬li¬queuse, notam¬ment à l’égard de l’État hébreu. Tou¬te¬fois, cette peur doit être rela¬ti¬vi¬sée, voire dis¬si¬pée. En effet, un pro¬gramme nucléaire de nature mili¬taire, dont l’existence n’est d’ailleurs tou¬jours pas avé¬rée, sem¬ble¬rait plus répondre à des impé¬ra¬tifs géos¬tra¬té¬giques défen¬sifs qu’à une ani¬mo¬sité pro¬fonde à l’encontre d’Israël ou de qui¬conque. L’acquisition de l’arme ato-mique s’avérerait, dans le contexte régio¬nal et mon¬dial actuel, un moyen ration¬nel de sau¬ve¬gar¬der les inté¬rêts vitaux de la Répu¬blique isla¬mique d’Iran, à com¬men¬cer par sa sécurité.
Téhé¬ran a de nom¬breuses rai¬sons objec¬tives de se sen¬tir vul¬né¬rable et menacé. Géo¬gra-phi¬que¬ment d’abord, comme le montre bien la carte ci-dessus, le ter¬ri¬toire ira¬nien est lit¬té¬ra¬le¬ment encer¬clé par des pays proches, voire à la botte, des inté¬rêts amé¬ri-cains.1 Au nord, depuis novembre 2001 et la traque des réseaux d’Al-Qaïda, des faci¬li-tés mili¬taires étasu¬niennes ont été ins¬tal¬lées au Tad¬ji¬kis¬tan, en Ouz¬bé¬kis¬tan et au Kir-ghi¬zis¬tan. Ces bases mili¬taires viennent com¬plé¬ter celles situées au sud dans les pays du Golfe, qui, à l’image de l’Arabie Saou¬dite, sont des alliés tra¬di¬tion¬nels des États-Unis. A l’est et à l’ouest, en Afgha¬nis¬tan et en Irak, un gou¬ver¬ne¬ment cen¬tral a été mis en place par les Amé¬ri¬cains. Au sud-est, bien que la popu¬la¬tion nour¬risse un anti-américanisme viru¬lent, le Pakis¬tan est offi¬ciel¬le¬ment et his¬to¬ri¬que¬ment pro-américain depuis la Guerre froide. Enfin, les alliances nouées de longue date par Washing¬ton avec la Tur¬quie limi¬trophe et Israël viennent davan¬tage ali¬men¬ter ce sen¬ti¬ment de siège.
Cette vul¬né¬ra¬bi¬lité géos¬tra¬té¬gique ne serait pas tant pro¬blé¬ma¬tique si l’Iran main¬te¬nait de bonnes rela¬tions avec les États-Unis. Mais, loin d’être au beau fixe, elles ont été pour le moins désas¬treuses depuis la Révo¬lu¬tion isla¬mique de 1979 qui porta les mol-lahs au pou¬voir. Dès lors, des poli¬ti¬ciens amé¬ri¬cains de pre¬mier plan n’ont cessé d’appeler de leurs vœux un chan¬ge¬ment de régime. A Téhé¬ran, ces menaces sont per-çues comme étant d’autant plus cré¬dibles qu’en 1953, la CIA n’a pas hésité à inter¬ve¬nir en Iran afin de ren¬ver¬ser le régime démo¬cra¬ti¬que¬ment élu de Mos¬sa¬degh car il n’était pas suf¬fi¬sam¬ment ali¬gné sur les posi¬tions amé¬ri¬caines.2 Ce goût pro¬noncé de la pre-mière puis¬sance mon¬diale pour l’interventionnisme à outrance s’est encore véri¬fié en 2003, lorsque les Amé¬ri¬cains ont appli¬qué le dan¬ge¬reux concept de guerre pré¬ven¬tive sur l’Irak. La même option est d’ailleurs aujourd’hui sérieu¬se¬ment envi¬sa¬gée contre l’Iran.3 En atten¬dant, outre des sanc¬tions écono¬miques dra¬co¬niennes qui asphyxient l’économie ira¬nienne, une guerre sou¬ter¬raine contre Téhé¬ran a d’ores et déjà été lan¬cée. Dans ce cadre, des spé¬cia¬listes ira¬niens du nucléaire ont été mys¬té¬rieu¬se¬ment assas¬si¬nés et des virus infor¬ma¬tiques, déve¬lop¬pés conjoin¬te¬ment par les États-Unis et Israël, se sont atta¬qués aux ins¬tal¬la¬tions nucléaires ira¬niennes.4
Consi¬dé¬rant cette vul¬né¬ra¬bi¬lité géos¬tra¬té¬gique ainsi que la menace que consti¬tue le pen-chant inter¬ven¬tion¬niste de l’Oncle Sam, ne serait-il pas ration¬nel pour l’Iran d’entreprendre l’acquisition d’une bombe nucléaire qui le pré¬mu¬ni¬rait contre toute ingé¬rence étran¬gère? Cer¬tai¬ne¬ment. Cette démarche ne serait-elle pas même d’une cer-taine manière légi¬time? Dans l’absolu, non. Les armes nucléaires sont immo¬rales et poten¬tiel¬le¬ment dévas¬ta¬trices. Rien ne pourra jamais tota¬le¬ment dédoua¬ner la conscience de leurs déten¬teurs. Cepen¬dant, gar¬dons à l’esprit que les neuf autres puis-sances nucléaires, dont l’étau régio¬nal consti¬tué par Israël, le Pakis¬tan et l’Inde, ont obtenu l’arme ultime uni¬que¬ment dans une optique défen¬sive de dis¬sua¬sion, en par¬ti¬cu-lier de par les menaces exté¬rieures qui pesaient sur leur propre sécu¬rité natio¬nale.5 Seuls les États-Unis ont jusqu’ici uti¬lisé la bombe ato¬mique, rasant ainsi les villes de Hiro-shima et Naga¬saki en 1945… Mora¬le¬ment, les Amé¬ri¬cains sont d’autant moins cré-dibles dans leurs remon¬trances à l’encontre des Ira¬niens qu’ils ne se sont jamais offus-qués des vel¬léi¬tés nucléaires d’Israël, État qui n’a pour¬tant rien à envier à l’Iran en matière d’opacité.6 Deux poids, deux mesures. Mais quelle est donc la légi¬ti¬mité des don¬neurs de leçons?

“Le régime ira¬nien est un acteur ration¬nel”
Cer¬tains ne se pré¬oc¬cupent pas tant des motifs qui sous-tendraient une poten¬tielle acqui¬si¬tion de l’arme ato¬mique par l’Iran, mais émettent plu¬tôt d’importantes réserves quant à la capa¬cité des diri¬geants ira¬niens à la gérer ration¬nel¬le¬ment. L’arme nucléaire ne serait pas intrin¬sè¬que¬ment pro¬blé¬ma¬tique, tant qu’elle reste dans les mains de diri-geants rai¬son¬nés. C’est tout le débat sur l’irrationalité des diri¬geants du Sud, dont émanent comme des relents de pater¬na¬lisme mal déguisé. Alors est-il jus¬ti¬fié de dou¬ter de la rai¬son des diri¬geants iraniens?
Si l’on s’en tient à la rhé¬to¬rique, il est vrai que Téhé¬ran n’a pas tou¬jours fait dans la tem¬pé¬rance. En effet, les dia¬tribes pro¬vo¬ca¬trices aux¬quelles Ahma¬di¬ne¬jad a habi¬tué la com¬mu¬nauté inter¬na¬tio¬nale sont sou¬vent d’une vio¬lence rare. Sou¬li¬gnons tou¬te¬fois que l’exemple para¬dig¬ma¬tique uti¬lisé pour attes¬ter de la folie des diri¬geants ira¬niens ne résulte que de la récu¬pé¬ra¬tion poli¬tique d’une cita¬tion infi¬dè¬le¬ment res¬ti¬tuée et sor¬tie de contexte. Selon la légende, le pré¬sident ira¬nien aurait appelé à “rayer Israël de la carte”. En réa¬lité, Ahma¬di¬ne¬jad aurait plu¬tôt affirmé que “le régime qui occupe Jéru¬sa-lem (een rezhim-e eshghalgar-e qods) doit dis¬pa¬raître des pages du temps (bayad az safheh-ye ruz¬gar mahv sha¬ved)”.7 C’est l’avis de Juan Cole, pro¬fes¬seur d’Histoire du Moyen-Orient à l’Université du Michi¬gan, qui parle cou¬ram¬ment le farsi. Plus révé¬la-teur encore, le Middle East Media Research Ins¬ti¬tute (MEMRI), orga¬nisme furieu¬se-ment pro-Israël, tra¬duit l’expression de manière simi¬laire : “ce régime [doit être] éliminé des pages de l’Histoire”.8 De sur¬croît, il est impor¬tant de noter que la fameuse “cita¬tion” est elle-même une cita¬tion du défunt aya¬tol¬lah Kho¬meiny, père de la Révo-lu¬tion isla¬mique.9 Loin donc d’appeler à la des¬truc¬tion phy¬sique de l’État hébreux, Ahma¬di¬ne¬jad a emprunté des mots qui n’étaient pas les siens pour expri¬mer sa pro-fonde oppo¬si¬tion idéo¬lo¬gique au régime sio¬niste10 et son sou¬hait qu’il dis¬pa¬raisse un jour. L’exemple de cette cita¬tion fac¬tice, visant à la dia¬bo¬li¬sa¬tion abso¬lue du per¬son-nage, illustre bien la mani¬pu¬la¬tion média¬tique et la pro¬pa¬gande en action contre la Répu¬blique isla¬mique d’Iran.
Mal¬gré la dénon¬cia¬tion néces¬saire de ce genre de mani¬pu¬la¬tions, il n’en reste pas moins que la bru¬ta¬lité des pro¬pos de Ahma¬di¬ne¬jad est à bien des égards cho¬quante. Néan-moins, inter¬pré¬ter cette gran¬di¬lo¬quence de manière trop lit¬té¬rale pour¬rait rele¬ver du four¬voie¬ment. Il est per¬mis de pen¬ser que ces harangues enflam¬mées ne font en réa¬lité que répondre à des contraintes liées à la poli¬tique inté¬rieure.11 Ne béné¬fi¬ciant pas d’un socle élec¬to¬ral solide, Ahma¬di¬ne¬jad cherche vrai¬sem¬bla¬ble¬ment à unir la nation der¬rière lui contre un ennemi com¬mun, l’Occident impé¬ria¬liste. Force est tou¬te¬fois de consta¬ter que cette rhé¬to¬rique bel¬li¬gé¬rante ne s’est jusqu’ici aucu¬ne¬ment tra¬duite dans les faits. En effet, l’Iran n’a agressé aucun autre État depuis plu¬sieurs cen¬taines d’années.12 Il ne reven¬dique par ailleurs aucun ter¬ri¬toire de ses voi¬sins, avec la plu¬part des¬quels il entre-tient des rela¬tions apai¬sées. Au niveau des dépenses mili¬taires, l’Iran fait pâle figure face à Israël, et a for¬tiori face aux États-Unis. Comme le rap¬pelle jus¬te¬ment Ste¬phen Walt, son bud¬get de défense ne repré¬sente cer¬tai¬ne¬ment pas plus que le cin¬quan¬tième de celui de Washing¬ton.13
Cette conduite somme toute rai¬son¬nable de la poli¬tique étran¬gère ira¬nienne amène nombre de poin¬tures de l’establishment mili¬taire amé¬ri¬cain et israé¬lien à s’accorder sur le fait que les diri¬geants ira¬niens soient ration¬nels. L’actuel chef d’état-major des armées des États-Unis, le géné¬ral Mar¬tin Demp¬sey, a récem¬ment affirmé devant CNN : “Je peux vous dire que j’ai été confronté à cette ques¬tion depuis que je suis arrivé au Com¬man¬de¬ment cen¬tral en 2008. Et nous sommes de l’opinion que le régime ira¬nien est un acteur ration¬nel”.14 Du coté israé¬lien, le même son de cloche peut égale¬ment être entendu. Meir Dagan, ancien diri¬geant du Mos¬sad, l’agence natio¬nale de ren¬sei¬gne-ment israé¬lienne, a ainsi déclaré sur CBS : “Le régime en Iran est un régime très ration-nel … sans doute que le régime ira¬nien n’est pas tout à fait ration¬nel selon les cri¬tères de ce que j’appelle la pen¬sée occi¬den¬tale, mais il ne fait aucun doute qu’ils réflé¬chissent à toutes les consé¬quences de leurs actes.”15 Mal¬gré tout, l’opinion de ces véri¬tables spé-cia¬listes peine à per¬cer le brouillard de sus¬pi¬cion qui flotte autour de Téhéran.

Conclusion
En somme, qu’on par¬tage leurs orien¬ta¬tions idéo¬lo¬giques ou non, nul doute que les diri-geants de la Répu¬blique isla¬mique d’Iran sont très loin de la démence qu’on leur prête volon¬tiers en Occi¬dent. Bien que peu démo¬cra¬tique et oppres¬sif à l’interne, le régime ira¬nien pour¬suit à l’international des poli¬tiques cen¬sées du point de vue de la sau¬ve-garde des inté¬rêts vitaux de son pays. Pro¬té¬ger un ter¬ri¬toire vul¬né¬rable et menacé relève non seule¬ment de la ratio¬na¬lité la plus élémen¬taire, mais égale¬ment du devoir moral pour tout chef d’État. Pour ce faire, un pro¬gramme nucléaire de nature mili¬taire ferait tout à fait sens dans une pers¬pec¬tive pure¬ment géostratégique.
Alors, au final, pas si fous ces Ira¬niens… Ou, en tout cas, pas plus que les autres! Les États-Unis étaient-ils plus ration¬nels à l’heure de s’embourber en Irak sans rai¬son valable, et d’y dépen¬ser des mil¬liards de dol¬lars dans une guerre absurde? De même, quelle légi¬ti¬mité ont-ils lorsqu’ils taxent les diri¬geants ira¬niens de fon¬da¬men¬ta¬listes reli-gieux fana¬tiques, alors que leur propre pré¬sident — Georges W. Bush — menait une poli¬tique étran¬gère dic¬tée par la mis¬sion divine dont Dieu l’aurait investi?16

Mais quelles seraient les consé¬quences concrètes d’une acqui¬si¬tion de l’arme ato¬mique par la Répu¬blique isla¬mique d’Iran? C’est ce sur quoi nous nous pen¬che¬rons la semaine pro¬chaine. Soyez au rendez-vous sur jetdencre.ch !


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1 WALT, Ste¬phen, “Top ten media fai¬lures in the Iran war debate”, Ste¬phen Walt’s blog (walt.foreignpolicy.com), 11 mars 2012.
VICTOR, Jean-Christophe, “Le cau¬che¬mar géo¬po¬li¬tique de l’Iran”, Le Des¬sous des Cartes, 4 octobre 2003.
2 RISEN, James, “Secrets of His¬tory: The CIA in Iran”, New York Times, 16 avril 2000.
3 COTTA-RAMUSINO, Paolo, HASSNER, Pierre et NORLAIN, Ber¬nard, “Nucléaire ira¬nien : toute attaque pré¬ven¬tive serait une erreur fatale”, Le Monde, 18 avril 2012.
4 Times Topics: Iran. Consulté le 30 août 2012 sur:
http://topics.nytimes.com/top/news/international/countriesandterritories/iran/index.html
5 Walt, Ste¬phen, op. cit.
6 ALGAZY, Joseph, “Le flou nucléaire israé¬lien”, Le Monde Diplo¬ma¬tique, août 2005.
7 COLE, Juan, “Hit¬chens hackers an hit¬chens”, Infor¬med Com¬ment (Juan Cole’s blog), 3 mai 2006.
http://www.juancole.com/2006/05/hitchens-hacker-and-hitchens.html
8 Middle East Media Research Ins¬ti¬tute (MEMRI), 28 octobre 2005.
http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/1510.htm
9 NOROUZI, Arash, “Amha¬di¬ne¬jad n’a jamais dit: Israël doit être rayé de la carte”, The Inter¬na¬tio¬nal Soli¬da¬rity Move¬ment, 6 octobre 2007.
10 Selon Larousse, le sio¬nisme est défini comme le “mou¬ve¬ment dont l’objet fut la consti¬tu¬tion, en Pales¬tine, d’un État juif.”
11 Inter¬view vidéo d’Hubert Védrine par Oli¬vier Bailly, 11 juillet 2008.
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/politiques-citoyens/article/hubert-vedrine-contre-l-irreal-42047
12 LEUPP, Gary, ““The Stu¬pi¬dest Idea I Ever Heard”: The Irra¬tio¬na¬lity of the Case against Iran’s Nuclear Pro¬gram”, Counterpunch.org, 12 avril 2012.
13 Walt, Ste¬phen, op. cit.
14 Inter¬view vidéo du géné¬ral Mar¬tin Demp¬sey par Fareed Zaka¬ria, février 2012.

15 Inter¬view vidéo de Meir Dagan par Les¬ley Stahl, 11 mars 2012.
http://www.cbsnews.com/video/watch/?id=7401688
16 MACASKILL, Ewen, “George Bush: ‘God told me to end the tyranny in Iraq’”, The Guar¬dian, 7 octobre 2005.
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