9 avril 1938 par Tounès THABET

9 avril 1938 :

« Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place »

« Nous sommes venus aujourd’hui démontrer notre force, celle de la jeunesse qui ébranlera le colonialisme… Le parlement tunisien ne sera créé que par le martyr des militants et les sacrifices de la jeunesse ».
Ali Balhouane

L’Histoire est un combat recommencé, incessant et harassant pour déterrer la lumière, briser les chaînes de l’oppression, déchirer les muselières qui étouffent les libertés. Il est des moments où la domination et l’aliénation des peuples sont intolérables, l’horizon s’obscurcit et la vie devient insupportable. Alors, l’injustice et les frustrations attisent l’indignation et la protestation. Le volcan de la colère explose. Les peuples se dressent devant l’arbitraire et la répression. Moments pendant lesquels les peuples réalisent leur force et leurs capacités à ébranler les fondements de la puissance et de l’autorité. Moments forts de retrouvailles, de volonté inébranlable, de fraternité, d’union durant lesquels se scelle le destin d’une nation, certes, dans les larmes, les tragédies et les drames, mais dans ce désir invincible d’être l’artisan de sa propre Histoire.
Le 9 Avril annonce le début de la lutte de libération nationale, jalon crucial dans un combat qui aboutira à l’indépendance et la naissance d’une Tunisie nouvelle et libre. Les évènements vont s’accélérer à partir de ce 30 Octobre 1937 : le Néo Destour retire la confiance accordée au gouvernement français en raison du durcissement de sa politique envers les tunisiens après des promesses de solutions à un colonialisme qui perdure.
Le 23 Février 1938, les autorités du Protectorat décrètent l’interdiction aux tunisiens d’arborer le drapeau national. Décision d’une extrême humiliation, injuste et arbitraire qui suscite exaspération et révolte d’une population privée d’un droit fondamental, celui de brandir l’étendard de son identité et de sa fierté. L’irritation grandit, la population ressent le revirement des autorités coloniales comme une trahison et l’atteinte à la bannière nationale comme un avilissement. Exacerbation, rébellion d’un peuple dépossédé de son destin, rabaissé, offensé et dégradé. Le Destour fondé par Abdelaziz Thâalbi et le Néo Destour, par Bouguiba, pourtant rivaux, expriment leur mécontentement, leur colère et leur opposition à la politique française.
Le 7 Avril, une manifestation draine plus de 2500 personnes, essentiellement des étudiants qui revendiquent des réformes politiques.
Le 8 Avril Le Néo Destour appelle à une grève générale. A 10 heures, à Tunis, toutes les boutiques, tous les marchés ferment. Les soldats français sont dépêchés dans les principales rues et places de la ville. Une manifestation impressionnante des femmes traverse les rues et se dirige vers le Consulat des Etats-Unis. Nos aïeules, nos grand-mères se sont soulevées contre l’occupant, ont affronté les forces du Protectorat pour appeler à une Tunisie indépendante. Cette protestation féminine houleuse est réprimée avec violence.
L’après-midi, une deuxième manifestation réunit des centaines de milliers de personnes, menée par Ali Belhouane et Mongi Slim dont le slogan est demeuré dans toutes les mémoires « Barlaman Tounsi », « Parlement tunisien ». Une autre manifestation conduite par El Materi. La jonction entre les deux se fait à Bab Bhar, près de la Résidence Générale. Balhouane prononce un discours virulent et s’attaque au protectorat et à ses représentants. Il est arrêté ainsi que de nombreux manifestants.
Le 9 Avril, manifestation spontanée menée par les étudiants de l’Université « Zitouna », protestant contre la répression de la veille et l’arrestation de Balhouane et ses amis. Ils se dirigent vers la maison de Bourguiba pour recevoir les ordres. Une foule immense s’amasse devant le Palais de justice où Balhouane est interrogé par un juge d’instruction. Les manifestants s’organisent et se rassemblent. Sur les terrasses, les femmes poussent des youyous pour exprimer leur soutien. Les forces coloniales repoussent les manifestants à coups de crosse. La situation dégénère, les coups de feu fusent. Les heurts sanglants s’arrêtent à 18 heures. Bilan : 22 morts, 150 blessés. Etat de siège promulgué à Tunis, Sousse et le Cap-Bon.
Le 10 Avril, Bourguiba et Mongi Slim sont arrêtés et traduits devant le Tribunal Militaire pour complot contre la sûreté de l’Etat. Néo Destour dissous le 12 Avril, documents confisqués, presse nationale suspendue.
Le pays connaitra d’autres orages, d’autres tempêtes et d’autres tragédies, d’autres douleurs, d’autres martyrs tomberont pour que ce pays survive et pour que, jamais, le rêve ne sombre :
« Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place »
« Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté nous écoute »
Des deuils, des chagrins et des larmes pour que cet emblème pourpre flotte, pour que le croissant de lune illumine notre chemin et que l’étoile éclaire notre devenir, pour que dignité et liberté soient notre cri, notre chant, notre hymne.
La liste de vos noms est longue, vous qui avez versé votre sang pour que cette terre verdisse, vos ombres bénies nous regardent et nous gardent. Votre tombeau est le cœur des vivants, votre tombeau est notre cœur battant.

Tounès THABET

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