La Femme, essence de l’Humanité por Dr. Rashid SHERIF

La Femme, essence de l’Humanité
Dr. Rashid SHERIF

A sa naissance, faut-il le rappeler, l’animal tout comme « le petit de l’homme » est défini par son sexe, femelle ou mâle, féminin/masculin, dans l’égalité naturelle absolue. Ce n’est qu’en fonction de la culture locale des sociétés humaines et à travers le moment historique de son évolution que se définit le genre différencié dans l’iniquité: fille/garçon et à partir de là un cheminement progressif régulé au détriment de la fille et de la femme au sein de la société patriarcale.
A l’échelle de l’Histoire, il n’y a pas si longtemps, des pères furieux enterraient vivantes dans le sable chaud du désert d’Arabie, une progéniture femelle jugée indésirable. Il s’y mêlait la honte sociale, la rage et le blâme contre la femme qui n’aurait rien trouvé de mieux que se reproduire à l’identique. Dans des cas rapportés de pays d’orient encore aujourd’hui, elle peut être rouée de coups, répudiée et au mieux subir une forte réprobation familiale. Au début du VIIème siècle, un grand voyageur, esprit visionnaire quoique illettré, fut capable de mener une mission prophétique vers des horizons éclairés, par un apport génial qui mit fin à la longue nuit arabique, ouvrant la voie à l’épanouissement d’une nouvelle civilisation humaine. Toutefois, la grandeur fut suivie de décadence au profit de castes rétrogrades autocratiques qui ont renforcé de siècle en siècle à nos jours et jusque chez nous en partie la domination absolue de forces masculines conservatrices dans la vie publique comme au sein du foyer, dans l’obsession maladive du contrôle de celle qui ne cesse d’être perçue d’abord (et parfois essentiellement) comme femelle, le sexe féminin, objet de phantasmes morbides et toutes sortes de mesures répressives et oppressives : excision, voile, séquestration, violence morale, psychologique et physique allant jusqu’au viol ; subissant affronts et injustices d’une vie qui souvent ne vaut pas la peine d’être vécue. Bref, dans ce combat inégal homme/femme, l’enfer c’est l’Autre ! Ainsi, le parcours d’une vie d’un grand nombre de femmes dans les sociétés patriarcales demeure semé de souffrances continues. Car, c’est bien de cela dont il est question, un contexte sociopolitique et culturel donné de société patriarcale et non pas des conditions hormonales d’une soi-disant nature « machiste » de l’homme.
Un demi-siècle auparavant, il se trouve qu’un gouvernement démagogique, pressé par des considérations à la fois politiques (recherche de suffrages) et économiques (besoin en main-d’œuvre) a octroyé des droits aux femmes encore inconnus même à ce jour par d’autres sociétés arabo-musulmanes, consacrant pour la première fois des droits humains à la femme citoyenne de notre pays. Ce fait de justice quoique d’essence paternaliste, a ensuite été assumé et pleinement revendiqué par les citoyennes aujourd’hui comme étant un acquis de droit irrévocable. Les générations qui ont suivi n’ont fait que renforcer cet état de justice qui exige encore davantage de luttes en vue de l’équité à atteindre. L’insurrection populaire pacifique, Intifadha, des glorieuses journées des 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011 et par-delà ont vu défiler en première ligne de feu précisément les femmes citoyennes de tout âge et conditions sociales. Femmes et jeunes sans référent idéologique ni maître se sont lancés avec audace pour sauver la Patrie de la gangrène de la corruption, pour ouvrir un avenir de dignité et de liberté pour toutes et pour tous.
Toutefois, leur haut-fait a vite été récupéré et aussi bien les femmes que les jeunes ont été invisibilisés, écartés par des forces venues de l’étranger et leurs alliés locaux dont le projet est d’atteler la société insurgée et assoiffée de dignité et de liberté au wagon des autocraties décadentes d’Orient, elles-mêmes tenues en laisse de sous-traitance par des puissances occidentales. Très tôt, les hostilités ont été ouvertes comme par hasard d’abord contre les femmes ! pour ensuite s’étendre vers la presse, la liberté d’expression et d’opinion, les enseignants à tous les niveaux, les lieux de culte par des slogans racistes et des appels allant jusqu’au meurtre de citoyennes et citoyens jugés arbitrairement comme « mécréants ». Et que penser d’une justice qui tarde à arrêter et à inculper tous les assassins des citoyens pendant l’Intifadha, et les responsables de tortures et autres sévices contre les prisonniers politiques ; une justice qui libère à la va-vite contre une amende dérisoire des criminels responsables d’attaques contre les locaux de la télévision Nessma et la mise à feu du domicile de son directeur, tandis que ce dernier est celui qui est traduit en justice. Des hordes policières anti-émeute reçoivent l’ordre de matraquer les manifestants, comme par le passé. Par ailleurs, l’offensive se poursuit par rapport au Statut Personnel au sein d’une Assemblée Constituante qui fut exigée par les insurgés pour la bonne cause de régénération de la Patrie, mais qui se trouve détournée de ses objectifs par des forces opportunistes de récupération de la lutte du peuple, contre ce peuple et en particulier contre les droits acquis de la femme.
Ces faits de provocation et d’actions souvent criminelles demeurent dans l’impunité par suite de complicité des instances du pouvoir provisoire. Ils servent d’écran aux problèmes réels du pays : Une assemblée constituante qui devrait rédiger d’urgence une nouvelle constitution, devient un cirque pitoyable où s’improvise une assemblée de type parlementaire occidental avec des votes automatiques selon une majorité absurde ; des propositions de lois rétrogrades sous couvert de religion comme alibi, religion législative hautement dangereuse pour l’équilibre social de tolérance et de convivialité atteint, prétexte religieux pour empiéter sur les droits acquis des femmes en particulier. Certains âmes rétrogrades au sens propre comme au figuré lancent des objectifs de recolonisation d’un autre âge, celui de « l’infitah », euphémisme pour masquer en fait l’entreprise coloniale par les invasions de troupes armées arabo-musulmanes au VIIème siècle en Ifryqya, devenue sous leur domination Tounès. Rappelons précisément que parmi nos peuples originaires Amazigh (mal nommés berbères par les occidentaux) une femme audacieuse et héroïque s’était soulevée contre ces hordes d’envahisseurs, la fameuse Dehya surnommée la Kahéna. S’agissant de ces âmes passéistes et réactionnaires, voici un passage édifiant de Yadh Ben Achour dans la Deuxième Fatiha (fin p.61) : « Le dialogue entre l’État de droit et le croyant intégral est impossible. Ce dernier justifie ses choix moraux et juridiques sur le fondement de préceptes immuables et contraires à la liberté. C’est ce qu’il fera au sujet de la lapidation, de la polygamie, du voile, de la mixité, de l’amputation de la main du voleur, de la peine de mort, de la flagellation, etc. ».
Pendant ce temps, le gouvernement provisoire piétine face à la crise économique avec un nombre de chômeurs doublé en en an, des paysans sans terre au bord de la famine, des catastrophes naturelles dans le nord et l’ouest du pays sans réponse efficace du pouvoir central ; des ouvriers en conflit avec des chefs d’entreprises ont exigé l’intervention du syndicat UGTT, lequel est pris à partie par les nouveaux gouvernants; la hausse scandaleuse des prix du marché de subsistance de la population : bref, les objectifs de l’Intifadah sont mis sous le boisseau. En fait, il devient évident que les structures du pouvoir et le système socioéconomique de l’ancien régime demeurent en place à l’appui des nouveaux gouvernants.
Comme premier bilan des lendemains de l’Intifadha : De faux dévots, surgis de chez Molière, opportunistes avérés, cherchent par des manœuvres sournoises et des intimidations violentes à récupérer les fruits de l’Intifadha du 14 Janvier. Misogynes par surcroit, ils prétendent de but en blanc gérer l’ensemble des relations sociales par le biais d’une idéologie fondamentaliste conservatrice et réactionnaire sous couvert abusif de religion en guise d’écran. Leurs efforts soutenus d’Orient et d’Occident mènent tout droit vers un nouvel État totalitaire et dictatorial -situation qui risque sous peu de nous renvoyer, les femmes en première ligne, à pire que ce que notre peuple a enduré depuis un demi-siècle.
Femmes-hommes unissons-nous dans le même combat citoyen : Il est urgent d’élever le niveau de conscience sociale de nos hommes afin qu’ils comprennent que le problème de la femme n’est autre en premier lieu qu’un problème d’hommes mystifiés par le patriarcat décadent, support passé et actuel de l’État totalitaire. Que nos hommes comprennent que la libération de la femme est aussi leur libération de la nuit infernale où plongent certains, pères fouetteurs, dictateurs au petit pied, obsédés sexuels, pédophiles, psychopathes et sociopathes minés par des troubles mentaux allant jusqu’à la délinquance et la violence criminelle.
Il est nécessaire d’articuler la lutte de libération des femmes au sein de la lutte de libération du peuple tout entier : l’enjeu, au-delà de la paix sociale, est bien la survie de l’espèce humaine.
Une amie nous rappelle avec fierté: Un peuple sans mémoire est un peuple soumis par ignorance. Un peuple fier éveillé à son histoire millénaire ne fut jamais vaincu.
Voici en guise d’hommage à nos femmes, l’une combattante héroïque des luttes de libération du territoire de nos peuples originaires Amazigh, notre Dihya, surnommée Kahéna ; d’autres glorieuses pionnières, toutes ont marqué leur époque. Elles demeurent vivantes, exemplaires.
Alyssa, téméraire fondatrice de Carthage au IXème siècle avant J.C,
Sainte Perpétue de Tébourba, première femme écrivaine du IIIème siècle, après J. C.
Dihya, La kahéna, héroine résistante aux envahisseurs arabo-musulmans au VIIème siècle,
Fatima (Oum Al Banine) et sa soeur Myriam (Oum Al Kacem) Bent Mohamed Al Fehri, (période Aghlabide au IXème): la première a construit la Grande mosquée Al Karaouine à Fez et la seconde la mosquée Al Andalous après avoir émigré au Maroc sous Idriss II.
Aroua, Amazigh de Kairouane, j’ai imposé la monogamie au mari polygame d’Orient, IX° s.,
Saïda Aïcha Mannoubia, j’ai arraché ma liberté au patriarcat rétrograde pour vivre librement ma spiritualité et assister aux cours de théologie de Belhassen Chedly au XIIIème siècle,
Aziza Othmana, princesse mouradiya, j’ai mis mes biens habous pour construire l’Hôpital Aziza Othmana , libérer les esclaves et aider les démunis au XVIIème siècle,
B’chira Ben Mrad (1913-1993), & Nabiha Ben Miled (1919-2009), nous fûmes vaillantes
militantes anticolonialistes sous le Protectorat français,
Habiba Menchari, j’ai réclamé au cours d’une conférence à Tunis en 1924, la suppression du voile , et joignant l’acte à la parole j’ai découvert mon visage et ôté à jamais le voile,
Tawhida Ben Cheïkh, j’étais la 1ère femme médecin en 1934. Honorée par la mairie de Paris avec la création d’un centre de santé à Montreuil appelé  » Centre Tawhida Ben Cheïkh « ,

Ifriqya avec notre passé Amazigh de résistance héroïque, à présent Tounès la Rebelle avec son « melting-pot » et notre glorieuse Intifadha : nous y étions toutes et tous actives et audacieuses de génération en génération de femmes révoltées issues d’une histoire plusieurs fois millénaire. L’avenir est aux femmes et aux hommes libres!
Dr. Rashid SHERIF

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