BARDO 1 : La Lutte pour Al Karâma Continue par Rashid SHERIF

BARDO 1 : La Lutte pour Al Karâma Continue
« Ouhibouka Ya Châabi »
Farhat Hachâd
Mort assassiné

A quelques jours du premier anniversaire de l’assaut final donné par notre peuple contre la tyrannie et pour la dignité, journées glorieuses de l’insurrection populaire pacifique et victorieuse, nous nous retrouvons encore une fois face à un retour en force d’une tyrannie encore plus dangereuse que les précédentes pour les générations présentes et à venir.
Au Bardo, participant au sit-in des indignés d’hier et d’aujourd’hui, nous pouvons témoigner de l’évènement du samedi 03 décembre, près du siège de l’Assemblée Constituante, lequel a opposé face-à-face deux manifestations antagoniques de l’actuel échiquier national : d’une part un large groupe brandissait les étendards obscurs de la mort au nom d’une religion défigurée, pauvres mercenaires à la solde des USA et du Qatar, en contradiction avec eux-mêmes par leur déni du droit citoyen des indignés de manifester à travers un sit-in pacifique; de l’autre, le rassemblement solidaire de forces vives patriotiques, parmi celles-là mêmes qui avaient vaillamment envahi la scène nationale lors des journées insurrectionnelles. D’un côté les vociférations grossières et menaçantes d’un ramassis de lumpen probablement soudoyés, voyous avérés de certains quartiers marginaux de Tunis, victimes et complices de cette même marginalité. De l’autre côté s’est retrouvé dans une ambiance bon enfant, une tranche véritablement représentative de la population, âges et genre confondus, au chant joyeux, brandissant le drapeau national tout en déclamant les vers de notre immortel Abul Kacem qui sans relâche nous rappelle au devoir sacré de la lutte contre la tyrannie. Ces éléments irréconciliables semblent présager une polarisation imminente des forces dans notre pays encore instable : les unes –une petite minorité- se montrent nettement en faveur de la restauration de la tyrannie ; les autres –la grande majorité- affirment leur tolérance et leur engagement pour un changement social réel et une patrie inclusive pour toutes et tous.
Des agences de presse occidentales connues pour leur dépêche tendancieuse, reprise le soir de façon servile par le journal télévisé issu des mêmes rédacteurs obséquieux d’hier, ont cherché à dépeindre la situation au Bardo comme étant celle de groupuscules opposés, islamistes contre laïcs. Il est temps de démentir par tous les moyens de communication ces basses manœuvres d’une presse à la solde des forces impériales occidentales.
Rappelons que ces mêmes hordes marginales déchainées, ivres d’un pouvoir illusoire ou plutôt de son absence, mettent à profit la mollesse d’institutions transitoires pour intimider nos femmes, nos étudiants, nos enseignants ; et même pour passer à l’acte en toute impunité et de façon odieuse comme lors des descentes de militia fasciste la nuit contre nos compatriotes de Gafsa et d’autres régions, blottis sous leur tente de fortune au Bardo. A coup de pierre, ils attaquent ceux qui furent parmi les premiers protagonistes de l’insurrection de décembre : Ouvriers en chômage chronique, ces derniers réclament à l’Assemblée Constituante de cesser les luttes stériles pour le pouvoir et prendre des mesures urgentes en faveur des régions soumises à l’oubli et à la misère depuis l’époque coloniale.
On pouvait déchiffrer sur les pancartes tenues à bout de bras par nos citoyens(es) indignés(es), femmes, hommes et adolescents, tant leurs idéaux patriotiques que la dénonciation des opérations de diversion orchestrées par des forces oppressives qui prétendent usurper et séquestrer coûte que coûte le pouvoir et le pays au nom d’un fanatique substitut religieux en guise d’idéologie, à l’encontre d’une religion dont ils ignorent et la noblesse de fondement à sa source et les valeurs universelles de libération. Ouvriers en chômage, dignes, debout, venus de loin et citoyens libres de la capitale ont retrouvé à l’unisson le même élan contestataire vécu dans les rues de la ville en janvier, les mêmes gestes de solidarité de l’époque des sit-in de la Kasbah.
Voici en résumé ce que les dépêches étrangères et les chaines TV nationales cherchent à camoufler en vain, les choses étant au vu et au su de tout(e) citoyen(ne) honnête:
1- Ennahdha et ses acolytes entreprennent depuis des semaines une vaste opération d’intimidation et de diversion, cherchant à jeter de la poudre aux yeux ou un voile d’aliénation moyenâgeuse obscur et opaque sur certaines femmes comme sur notre actualité, pour couvrir leurs basses manœuvres en coulisse et à l’Assemblée Constituante, pour substituer à nos vrais problèmes une soi-disant crise identitaire nationale, sous couvert de religion. « Lorsque nous exigeons la séparation des pouvoirs, ils répondent par la séparation des sexes ! » –selon un subtil slogan populaire.
2- Passage en force d’Ennahdha à l’Assemblée Constituante au mépris de ses alliés traités comme des larbins sans mentionner l’opposition, au mépris tout aussi bien de l’ensemble des citoyens. Cette formation politico-religieuse (sic) cherche à usurper TOUS les pouvoirs de l’État ainsi que tous les postes-clés de l’appareil administratif et de la banque centrale nationale. Le mouvement Ennahdha tend à mystifier la population par sa revendication fallacieuse d’une prétendue majorité, alors qu’il dispose seulement du plus grand nombre relatif de sièges.
3- Rappelons à la suite de l’excellente analyse des résultats électoraux par la Professeur Hédia El May, que le mouvement Ennahdha a bénéficié d’un seul vote sur cinq électeurs(trices). Comme par hasard, notre pays compte (malheureusement !) un(e) citoyen(e) analphabète sur cinq ! A vous de conclure !
4- Les citoyens indignés au Bardo depuis des jours exigent l’arrêt des agressions nocturnes contre nos humbles compatriotes et ces infâmes manœuvres d’Ennahdha. Ils s’adressent aux représentants à l’Assemblée Constituante pour rappeler quelques principes de base suivants, fondement à long terme de la nouvelle constitution.
3-1. Nette séparation des trois pouvoirs de l’État, législatif, exécutif et judiciaire
3-2. Réaffirmation absolue et inamovible du Statut Personnel et des libertés citoyennes
3-3. Mandat exclusif d’un an pour cette Assemblée et le gouvernement transitoire
3-4. Vote en dernière lecture du texte de la nouvelle constitution par ¾ des voix
3-5. Vote de confiance, majorité simple pour instaurer ou démettre le gouvernement
3-6. Vote par referendum de la nouvelle constitution. Le peuple est seul souverain.
Par ailleurs, ces citoyens indignés rejettent les luttes minables de politiciens de basse politique pour des sièges et portefeuilles ministériels, des parvenus sur la scène publique loin d’être à la hauteur du mandat du peuple. Ils exigent que l’attention soit portée sur la rédaction de la nouvelle constitution par des personnes compétentes et dénoncent les documents suspects d’Ennahdha préparés longtemps à l’avance par des mains occultes et soumis par surprise aux membres des commissions. Ces politiciens sans envergure –absents, rappelons-le durant les journées insurrectionnelles- sont loin de répondre aux revendications des insurgés dont seule l’audace leur a ouvert la voie à cette assemblée. Les citoyens au sit-in du Bardo se prononcent en faveur d’un gouvernement transitoire d’intérêt national mandaté pour une année par l’Assemblée Constituante. Il devrait être composé d’éléments choisis non pas du fait de leur filiation politique mais bien pour leur compétence technique et administrative.
5- Il est essentiel d’éviter de nous laisser piéger par des provocations selon un effet de recrutement et d’entrainement dans des polémiques vaines issues des opérations de diversion orchestrées à travers le pays de la part de ces éléments hargneux et destructeurs. Leurs insultes du style « kouffâar » (infidèles) méritent le mépris silencieux afin d’investir nos énergies dans l’affirmation ferme de nos objectifs et nos valeurs. El Quijote disait à Sancho, si les chiens aboient c’est que nous avançons.
6- Dans la conjoncture actuelle, il est urgent d’une part d’unifier les forces citoyennes vives encore dispersées à notre grand détriment pour faire face à une marée fascistoïde compacte qui risque de plonger le pays dans un affrontement catastrophique. D’autre part, il nous faut nous rassembler, unis dans notre diversité, autour de l’édification d’une nouvelle république inclusive. Nous devons donc affirmer nos valeurs éthiques et nos idéaux de lutte, en positif, établir notre stratégie globale pour faire aboutir nos objectifs patriotiques de libération nationale et ainsi honorer nos concitoyens du mouvement insurrectionnel qui a coûté tant de sacrifices.
7- Durant les glorieuses journées de décembre à janvier, la peur avait changé de camp. Aujourd’hui, nous faisons face à des éléments au passé terroriste notoire encore frais dans toutes les mémoires, tant au pays comme à l’étranger. Ces éléments rétrogrades avérés, honteusement conjurés au grand jour avec des puissances étrangères sont à l’évidence des usurpateurs aux ambitions hégémoniques illégitimes. Avec des yeux vitreux plus gros que le ventre, en fait ils ont peur sachant que nous n’avons pas peur !
TAHYA TOUNES AL HORRAH !!!

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